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L'inflation, ce monstre sympathique

L'inflation repart dans nombre de pays. Or ce retour peut s'accompagner d'effets indésirables

C’est reparti. Pour la première fois depuis des années, l’inflation refait parler d’elle. L’Espagne, la Belgique, la Norvège, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Canada et l’Autriche viennent de repasser au-dessus de la barre des 2%. C’est le seuil fatidique considéré même comme un objectif par la Banque centrale du Japon et la Banque centrale européenne. Il marque une économie en croissance sans destruction de valeur à travers la hausse des prix. Mais pourquoi l’inflation a-t-elle disparu pendant si longtemps?

La première raison fut l’arrivée sur les marchés internationaux de pays, anciennement communistes, dont le coût du travail était considérablement moindre qu’en occident. Quand la Chine s’est ouverte au monde en 1979, les salaires chinois étaient entre 20 et 30 fois inférieurs à ceux de l’Europe ou des Etats-Unis. En Europe de l’Est, ils étaient entre 10 et 15 fois inférieurs. Cette main-d’œuvre bon marché a gardé les coûts de production bas, notamment pour les entreprises internationales, et a permis d’enrayer la hausse des prix.

L'effet de la technologie

La deuxième cause tient au progrès technologique. Presque tous les produits technologiques fabriqués dans une économie globale ont connu une baisse de prix durant les 20 dernières années. Les téléphones, les téléviseurs, les ordinateurs ou les tablettes sont aujourd’hui moins chers tout en ayant augmenté leurs performances. La technologie n’affecte pas uniquement les produits, elle révolutionne les facteurs de production. L’intelligence artificielle va accélérer ce processus. Aujourd’hui un robot soudeur a un coût horaire quatre fois inférieur au salaire d’un ouvrier faisant les mêmes tâches.

La politique des grandes banques centrales n’est pas non plus étrangère à la disparition de l’inflation. Leur politique monétaire expansionniste – le bilan des neuf plus grandes banques centrales a été multiplié par cinq en 10 ans – n’a pas augmenté l’inflation comme on aurait pu s’y attendre. En effet, cet argent est resté bloqué dans les marchés financiers. Au contraire, les taux d’intérêt faibles ou négatifs ont contribué à maintenir un environnement déflationniste.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis 2008, l’économie semble reprendre des couleurs. Des taux de croissance se trouvent non seulement aux États-Unis mais également en Europe et en Asie. Même la Russie et le Brésil semble se ressaisir. Au-delà de l’exubérance irrationnelle des bourses après l’élection du président Trump, il semble que les perspectives de croissance soient plus solides au niveau mondial, notamment si le prix du pétrole reste en dessous de 55 dollars le baril.

Les dangers de l'inflation

Si le retour de l’inflation est presque une bonne nouvelle, il faut rappeler que ce monstre sympathique est plein de dangers. Certes il pousse les consommateurs à acheter (de crainte que les produits soient plus chers demain) mais il est aussi un formidable destructeur de la valeur des salaires et du capital. Le risque le plus sournois est quand l’inflation s’insère dans les politiques des entreprises. Celles-ci auront tendance à alimenter artificiellement l’inflation en anticipant une augmentation de leurs prix dans la perspective précisément d’une hausse future des prix.

L’inflation est donc un peu comme ces grands tankers qui une fois en marche sont très difficiles à arrêter. L’euphorie des 2% risque d’être de courte durée. Car comme le disait Milton Friedman «L’inflation est un impôt sans législation».

* Président du conseil d’administration du «Temps»


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