La lutte contre l'inflation reste l'objectif prioritaire, pour ne pas dire unique, de la Banque centrale européenne (BCE). Son conseil a donc décidé hier à l'unanimité de laisser inchangé le taux de refinancement (principal taux directeur) à 4%, le taux de facilité de dépôt à 3% et le taux de prêt marginal à 5%. Les marchés financiers s'attendaient à cette décision, même si le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, avait évoqué récemment les difficultés conjoncturelles en Europe. Les taux européens n'ont plus bougé depuis le 6 juin 2007, date à laquelle ils avaient tous les trois été relevés d'un quart de point.

Statu quo aussi à la Banque d'Angleterre

Un peu plus tôt, la Banque d'Angleterre avait pris une décision similaire en maintenant son propre taux directeur principal à 5%. L'institut d'émission britannique a ainsi marqué une pause dans son cycle d'assouplissement monétaire, qui s'était traduit par une baisse d'un quart de point au mois d'avril, faisant suite à celles de décembre et de février derniers.

Le président de la BCE s'est de nouveau déclaré relativement confiant dans la santé de l'économie de la zone euro. «Les fondamentaux restent sains», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Athènes. La croissance va certes ralentir, mais elle se poursuivra, a-t-il répété.

Jean-Claude Trichet a souligné une fois de plus l'incertitude «inhabituellement» élevée pesant sur les perspectives de croissance en Europe en raison des turbulences sur les marchés financiers, où les tensions demeurent. Mais le président français de la BCE n'a pas infléchi fondamentalement son discours, malgré le repli récent enregistré par plusieurs indicateurs clés, qui montrent un essoufflement de l'économie des quinze pays de la zone euro.

Jean-Claude Trichet a redit que la lutte contre l'inflation restait «l'objectif premier» de la BCE. Il a jugé que le niveau actuel des taux directeurs était adapté pour combattre les risques de dérapage des prix à moyen terme, qui continuent cependant à augmenter, selon lui. L'inflation reste donc plus que jamais la priorité absolue de la BCE dans un contexte d'envolée des prix des matières premières et des produits alimentaires. A 3,3% en avril, après 3,6% en mars, le renchérissement est très supérieur à l'objectif de 2% de l'institut d'émission européen.

Baisse en septembre?

Les analystes restent très attentifs aux déclarations de Jean-Claude Trichet. «Des indicateurs majeurs ont baissé récemment. Ils sont à présent proches du niveau de mai 2001, quand la BCE avait procédé à la première baisse d'un cycle (de réduction des conditions de crédit). Nous pensons donc que l'activité s'est suffisamment affaiblie pour justifier une baisse de taux», a indiqué Stephane Deo, économiste à l'UBS.

Mais la BCE attendra au moins septembre avant d'agir, estime-t-il. Elle préfère s'assurer que les pressions inflationnistes se relâchent progressivement, comme elle le prévoit. Un grand nombre d'économistes penchent plutôt pour une baisse des taux européens au dernier trimestre 2008.