«C'est un grand jour pour l'Irak. Après un long isolement lié à la nature de l'ancien régime, nous faisons un pas de plus vers notre intégration dans l'économie mondiale.» C'est ce qu'a déclaré Ahmad Al-Mukhtar, directeur général des relations économiques extérieures au Ministère irakien du commerce, à l'issue de la réunion du conseil général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), mercredi à Genève. Quelques minutes plus tôt, les pays membres avaient accepté à l'unanimité d'accorder le statut d'observateur à l'Irak. Les autorités irakiennes ont dès lors cinq ans pour entamer les procédures d'adhésion et en devenir un membre à part entière.

Goût amer

Toutefois, la réunion de mercredi a laissé un goût amer. La demande d'adhésion de l'Iran, déposée en 1996, a été une fois de plus bloquée par les Etats-Unis. A l'OMC, où toutes les décisions sont prises à l'unanimité, la position américaine a suffi pour renvoyer le sujet à l'agenda du prochain conseil général, qui a lieu dans deux mois.

«Nous espérons entamer les procédures d'adhésion le plus tôt possible. Avec une politique économique et commerciale conforme aux normes internationales, nous voulons devenir un joueur actif dans l'économie mondiale», a encore ajouté Ahmad Al-Mukhtar. L'homme a évoqué les réserves pétrolières de l'Irak, les deuxièmes du monde, avant d'expliquer qu'«à l'avenir, un Irak souverain prendra ses décisions en toute indépendance. Nous allons ouvrir notre pays à tout le monde», a-t-il dit en faisant allusion aux contrats de reconstruction qui sont actuellement décidés uniquement par les Américains.

Le parrain de cette adhésion n'est nul autre que les Etats-Unis, puissance occupante en Irak. Ces dernières semaines, la diplomatie américaine a sillonné le Proche et le Moyen-Orient afin d'obtenir une bénédiction de la candidature irakienne. Washington aurait surtout fait comprendre qu'il ne voulait pas d'opposition, sous peine de couper son aide aux récalcitrants ou encore d'annuler les projets d'accords de libre-échange qui sont en chantier avec plusieurs pays. Les Américains craignaient surtout que des pays, comme l'Egypte, ne fassent ressortir la discrimination envers l'Iran à l'OMC pour bloquer la candidature irakienne.

Tel n'a pas été le cas, et la candidature irakienne a passé comme une lettre à la poste. Par contre, le dossier iranien a suscité plusieurs commentaires. Après l'opposition américaine, l'Union européenne, la Tanzanie au nom des pays en développement, mais aussi d'autres pays comme la Nouvelle-Zélande et la Suisse, ont clairement dénoncé la politique de deux poids, deux mesures. Pour l'ambassadeur suisse Pierre-Louis Girard, toute candidature doit être analysée non pas selon des critères politiques mais selon les engagements économiques et commerciaux que prend le candidat. L'Union européenne est allée dans le même sens, soulignant qu'il était anormal que l'Iran soit maintenu hors de l'OMC depuis 1996.

Réformes poursuivies

Un brin philosophe, Mohammed Al-Borzi, ambassadeur iranien auprès des organisations internationales à Genève, garde tout son sang-froid. «La candidature irakienne a été acceptée mais la nôtre n'a pas été définitivement rejetée, se console-t-il, tout en soulignant que la majorité des pays soutient la candidature iranienne. Le sujet sera de nouveau à l'agenda à la prochaine session du conseil général en mai. Nous sommes optimistes de passer la rampe en mai.» Dans l'intervalle, selon lui, son pays ne perd pas de temps et poursuit ses réformes économiques afin d'être compatible avec les règles du commerce international.