Sans verser dans l'espionnite aiguë, les PME doivent se préoccuper davantage d'information et de renseignement. L'accroissement de la concurrence les y pousse. C'est la thèse de trois spécialistes de l'Université de Poitiers, auteurs d'un guide sur l'intelligence économique à l'attention des responsables de PME. L'intelligence économique? L'idée peut sembler éculée: elle est devenue un concept fourre-tout brandit par les firmes de consultants pour leurs innombrables modélisations du marketing, de la communication et du marché. Mais Laurent Hassid, Pascal Jacques-Gustave et Nicolas Moinet persistent: peu importe les effets de mode, lancent-ils, du moment que «cet engouement aboutit finalement à une «prise de conscience collective». D'abord entre pouvoirs publics et entreprises. «Les pays les plus conquérants se sont organisés pour mobiliser leur appareil de renseignement au service de leur économie», remarquent les auteurs, se rappelant les stratégies des dragons du Sud-Est asiatique. Dans un contexte de «guerre économique», les anciens maniaques de la discrétion militaire doivent se reconvertir à la veille concurrentielle. D'autant que les «pratiques concurrentielles non traditionnelles» se multiplient: actions déloyales ou délictueuses, interventions des Etats dans le jeu économique, stratégies globales de sociétés multinationales, cartels, etc. «Reconnaître ces pratiques obligerait les gouvernements et les dirigeants à trouver une réponse adaptée.» L'intelligence, c'est l'esprit d'entrepreneur saisi par la société de l'information. «L'information s'impose progressivement comme un instrument de compétitivité des entreprises», répète à l'envi le trio d'experts. Accaparés par leur gestion quotidienne, les chefs d'entreprises négligent encore trop l'activité liée à la définition des besoins nouveaux, à l'acquisition des données, à leur traitement et à leur répartition au sein de leur société. Pourtant, la maîtrise de l'information devient cruciale si l'on veut maintenir son entreprise à flot, observent les auteurs, en relation avec les quatre veilles qui leur paraissent indispensables en ces temps de mondialisation: technologique, concurrentielle, commerciale et juridique. Sur ces bases, et en les illustrant avec un exemple, les auteurs dégagent une trentaine de principes parfois savoureux, tels que: fonder les projets de l'entreprise sur le cadre réglementaire sans négliger la possibilité de le changer par le lobbying; collecter par principe toute information et lui conférer une valeur stratégique; privilégier l'influence plutôt que l'affrontement; multiplier les «capteurs d'informations» dans l'entreprise; tourner toute action corporatiste dans le sens de l'intérêt collectif; collecter les informations involontairement divulguées par les concurrents; utiliser tous les fonds publics disponibles, etc. Autant de conditions de survie sur le champ de bataille commercial, à en croire les hérauts de la «guerre économique».

«Les PME face au défi de l'intelligence économique», Laurent Hassid, Pascal Jacques-

Gustave et Nicolas Moinet, Paris, Dunod , 1997.