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L'initiative Monnaie pleine repose sur des bases trop fragiles, selon Jonathan Massonnet.
© PETER KLAUNZER/Keystone

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L’initiative «Monnaie pleine» et la notion de création en économie

Le problème de savoir si ce sont les «dépôts qui font les prêts» ou «les prêts qui font les dépôts» reste trompeur. Explications

A écouter les débats relatifs à l’initiative «Monnaie pleine», on croit que l’analyse économique se suffit d’une création de valeur (de pouvoir d’achat) spontanée de la part des banques. Tant les initiants que nombre de leurs opposants affirment que les banques génèrent ex nihilo les dépôts (de leur clientèle) par le biais de leur activité de crédit, leur pouvoir (divin) réglant de facto la discussion sur l’origine des valeurs inscrites sur nos comptes. Mais que peut indiquer une réflexion sérieuse sur la notion de création en économie et sur les ressources des crédits bancaires?

Décryptage: «Monnaie pleine», la révolution bancaire

Dans le sillage de mon précédent article du 15 mai 2018 Les banques créent-elles spontanément des dépôts? il est nécessaire de rappeler que, selon les principes de la comptabilité à partie double, les banques ne créent que des grandeurs positives et négatives à la fois: une banque ne devient créancière (le crédit à l’actif du bilan) de l’économie qu’en étant simultanément débitrice (le dépôt au passif du bilan) de celle-ci. Aussi le problème qui agite certains débats autour de Monnaie pleine de savoir si ce sont les «dépôts qui font les prêts» ou «les prêts qui font les dépôts» reste trompeur, les dépôts et les prêts étant déterminés conjointement et réciproquement. D’ailleurs, les deux termes de cette (fausse) alternative peuvent être écartés rapidement:

– Dire que les «dépôts font les prêts», quand la banque doit collecter auprès du public des billets pour accorder un prêt, revient à se donner ce qu’il faut expliquer – à savoir l’émission monétaire –, ceci d’autant plus que les billets sont mis en circulation à partir d’un dépôt préexistant.

– Soutenir a contrario – comme le font notamment les initiants – que les «prêts font les dépôts» consiste à affirmer que ce qui est prêté serait créé lors du prêt lui-même. En d’autres termes, la sortie de fonds (le prêt) serait à l’origine de l’entrée (le dépôt) qui est censée la nourrir, ce qui est contradictoire.

La monnaie ne doit pas être confondue avec un actif financier

Pour comprendre que les ressources des prêts ne proviennent pas des banques, mais toujours de l’économie, précisons d’abord une différence entre la monnaie et les actifs financiers, ces deux notions étant trop souvent confondues: les actifs financiers sont toujours une promesse de quelque chose (un dividende pour une action, un capital pour une obligation, etc.), alors que la monnaie n’est que la promesse d’elle-même. Ceci est vrai autant pour les billets émis par la banque centrale (la reine d’Angleterre promet de payer au porteur de billets en livres sterling des… livres sterling) que pour la monnaie émise par les banques, ces dernières étant redevables en billets uniquement parce que l’on a établi – en 1891 en Suisse – un monopole sur l’émission de ceux-ci.

A cet égard, les dépôts bancaires ne sont jamais couverts (même partiellement) par une chose qui leur préexisterait (de l’or, un billet de banque, etc.), mais trouvent un objet dans le cadre de la production, en particulier lors du paiement des salaires. Quand les entreprises tirent sur des lignes de crédit (non pas des crédits) pour payer leurs salariés, ces derniers ne perçoivent pas une pure monnaie, mais bien un revenu: ils reçoivent sous forme monétaire leur propre produit, qui est l’objet de la dette que les entreprises ont contractée auprès des banques. D’un côté, les salariés reçoivent une grandeur positive (un revenu, qui est dépensé dans l’achat du dépôt bancaire), de l’autre les entreprises entretiennent une position nulle puisqu’elles voient leur endettement comblé par les stocks (ou les services vendus) nouvellement produits. Dans ce cadre, les banques interviennent en tant qu’intermédiaire entre les salariés (les prêteurs) et les entreprises (les emprunteurs), la création économique étant le fait de l’activité productive des femmes et des hommes.

Des bases trop fragiles

Ce qui précède est le point de départ pour étudier la création, la transmission (sur le marché financier) et la destruction (la consommation) du revenu national, mais aussi des pathologies macroéconomiques comme la financiarisation, qui restent insaisissables si l’on ne comprend pas l’association de la monnaie et du produit national. C’est en saisissant que les ressources des prêts sont créées par le biais de la production et que, de là, la monnaie (qui est un nombre dans l’absolu) devient un moyen de paiement (car elle a un objet sur lequel porter), qu’il est possible de comprendre les spécificités de l’économie monétaire.

Opinion: Assez joué au casino, place à la Monnaie pleine!

En interdisant aux banques d’émettre de la monnaie, Monnaie pleine interdit d’associer la monnaie et la production et, à la place, demande à la Banque nationale suisse d’émettre une chose totalement creuse, d’où le constat qu’elle repose sur des bases trop fragiles. A l’inverse, les opposants de l’initiative évitent une vraie discussion, d’économie politique, sur les réformes structurelles (Faudrait-il par exemple limiter l’émission monétaire à la rémunération du travail?) à mettre en œuvre pour stabiliser durablement le système économique.

Dossier
«Monnaie pleine», un débat singulier

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