Télécoms

«L'initiative «Pro Service Public» risque d'empêcher Swisscom de réaliser des investissements»

Président de la Commission de la communication, Marc Furrer se montre critique envers l'initiative. Pour l’heure, les sondages indiquent que le «oui» est majoritaire

Swisscom, tout comme les CFF et La Poste, est au cœur de la votation du 5 juin portant sur l’initiative «Pro Service Public». Détenu à 51% par la Confédération, l’opérateur télécom pourrait voir sa stratégie affectée si l’initiative devait être acceptée par le peuple. Les subventions croisées, qui permettent de financer des activités en devenir par d’autres, rentables, seraient interdites. De plus, les salaires des dirigeants ne pourraient pas être supérieurs à ceux pratiqués au sein de l’administration fédérale. Pour l’heure, les sondages indiquent que le «oui» est majoritaire.

Swisscom est pour l’heure demeuré discret sur ce sujet. Rencontré récemment à Berne, son directeur Urs Schaeppi estimait que le texte de l’initiative serait «dommageable tant pour Swisscom que pour la Suisse». Selon le responsable, l’initiative «vise en théorie à développer le service public, mais en réalité aura pour conséquence de le réduire. Nous devons avoir la liberté d’effectuer des subventions croisées, c’est ce qui permet à Swisscom d’innover».

Contacté par «Le Temps», Marc Furrer, président de la Commission de la communication, l’autorité indépendante de régulation du marché des télécommunications, pose lui aussi un regard critique sur l’initiative.

– Que pensez-vous du texte qui sera soumis au vote?

– Il posera plusieurs problèmes de taille. D’abord, il imposera à Swisscom de séparer les services de base de ceux qui sont soumis à la concurrence. Or il paraît totalement impossible de distinguer, au sein d’une même entreprise, ce qui est nécessaire pour toute la population des services à valeur ajoutée pour lesquels Swisscom innove en permanence. Cela impliquerait de créer des séparations sur le réseau de fibre optique et ceux de téléphonie mobile, ainsi que de tenir des comptabilités différentes. Je crains aussi que Swisscom soit entravé dans ses possibilités de réaliser des bénéfices. Ils sont nécessaires aux investissements. Il faudrait aussi définir quel est le niveau de rentabilité pour l’opérateur et ensuite lui imposer de tout verser à ses actionnaires sous forme de dividende. A mon avis, c’est un danger pour la Suisse si Swisscom n’est plus, ou moins, capable d’investir dans les réseaux du futur. Il faut laisser l’opérateur libre.

– Selon les initiants, le texte de loi n’empêcherait pas Swisscom de réaliser des bénéfices…

– Ce n’est de loin pas aussi clair. Et je crains par ailleurs que si Swisscom était ainsi entravé, sa valeur en bourse diminuerait fortement. Ce serait dommageable pour ses actionnaires privés, mais aussi pour la Confédération, soit vous et moi. Et si Swisscom devait être totalement privatisé d’ici quelques années, la population toucherait beaucoup moins d’argent que si l’opération devait se réaliser aujourd’hui. Et Swisscom disposerait de moins de capital pour ses investissements. Ce serait très négatif.

– Les initiants ne semblent pas satisfaits avec les prestations de base de Swisscom. Leur texte pourrait permettre à l’opérateur de se concentrer sur une desserte optimale de la population.

– Je ne pense pas. Swisscom dépasse sans arrêt les demandes minimales exigées de l’opérateur de service universel. Sa couverture du pays, pour les connexions à Internet, est optimale et sans comparaison avec ce qui se passe à l’étranger. J’estime qu’il n’y a rien à améliorer sur ce plan, d’autant que Swisscom n’a jamais demandé d’argent pour être prestataire de service universel. Laissons-le effectuer des subventions croisées au sein de ses activités.

– Etes-vous satisfait de la concurrence sur le marché suisse des télécoms?

– Ce n’est pas optimal, je suis d’ordinaire critique envers Swisscom, mais c’est un autre problème que n’aborde absolument pas le texte de l’initiative. J’estime par ailleurs que la concurrence entre les câblo-opérateurs et les opérateurs télécoms est satisfaisante, les technologies évoluent vite et la 5G, en téléphonie mobile, permettra des innovations de la part de plusieurs opérateurs.

– Le directeur de Swisscom a gagné 1,8 million de francs en 2015, alors qu’un conseiller fédéral en gagnait 475 000. Cette différence se justifie-t-elle?

– Si nous voulons que Swisscom reste fort, encore une fois pour le bien de la Suisse, il faut que l’opérateur soit en mesure d’attirer des responsables de talent. Cela a certes un prix, mais il ne me semble pas disproportionné.


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