A la tête de 102,6 milliards de dollars en cash, Microsoft a décidé d'en utiliser un quart, soit 26,2 milliards (25,1 milliards de francs) pour s'offrir lundi Linkedin. Le réseau social pour professionnel sera ainsi la plus grosse acquisition réalisée par le groupe dirigé par Satya Nadella. Et a priori la plus risquée du point de vue des investisseurs, l'action de Microsoft perdant lundi plus de 2,5% à l'ouverture de Wall Street.

Le groupe américain a multiplié les rachats ces dernières années, avec des résultats mitigés. Nokia, acquis pour 7,9 milliards de dollars en 2014, a vu sa valeur récemment réduite à quasiment zéro par Microsoft. Skype, acheté 8 milliards en 2011, n'a depuis plus connu de croissance. Quant au rachat, en 2014, de Mojang, l'éditeur du jeu Minecraft, pour 2,5 milliards, il n'a pas apporté de synergie significative.

Prime en question

Mais il y a a aussi les tentatives avortées: Microsoft a essuyé un refus, en 2015, de la part du spécialiste des services via l'informatique en nuage («cloud computing») Salesforce, malgré 55 milliards de dollars mis sur la table. Et le spécialiste de la communication en entreprise Slack aurait récemment refusé les 8 milliards avancés par Satya Nadella.

Microsoft serait-il désespérément en recherche de croissance, s'interrogeait lundi le site spécialisé Seeking Alpha, au point de payer un prix excessif pour Linkedin? Microsoft rachète chaque action 196 dollars, alors que le cours de clôture vendredi était de 131 dollars. Seeking Alpha note que le titre avait même chuté à 98 dollars plus tôt cette année, s'interrogeant ainsi sur la prime versée par Microsoft.

Un quart d'utilisateurs réguliers

Le groupe de Satya Nadella rachète un réseau toujours déficitaire (perte de 45 millions de dollars au premier trimestre 2016), dont le chiffre d'affaires (861 millions de dollars) a stagné depuis fin 2015. Si le nombre d'inscrits (433 millions, en croissance de 20 millions en trois mois) a progressé, le nombre d'utilisateurs réguliers (au moins une fois par mois) est de 106 millions, un ratio inférieur à celui des autres réseaux sociaux. Mais Linkedin, de l'avis des analystes, a un avantage sur les autres réseaux: il dépend peu de la publicité et des abonnements payants et gagne surtout de l'argent (558 millions au premier trimestre) via sa division «talent solutions» qui aide les entreprises à détecter les meilleurs candidats.

Que fera Microsoft de Linkedin? Dans un message à ses employés, Satya Nadella donnait lundi un exemple précis: «Il pourra y avoir un flux venant de Linkedin affichant des articles basés sur le projet sur lequel vous travaillez, alors qu'Office suggérera le nom d'un expert, via Linkedin, qui pourra vous aider sur votre projet». De plus, Microsoft pourra par exemple intégrer le «Sales Navigator» de sa proie au sein de son service Dynamics, pour permettre à ses utilisateurs de mieux connaître leurs clients et de signer des contrats plus rapidement, analysait lundi le site spécialisé Techcrunch.

Mieux vendre, via Linkedin

Linkedin doit aussi permettre à Microsoft de mieux vendre ses propres services et de se renforcer dans les services de collaboration et de communication. Cortana, l'assistant doté d'intelligence artificielle de Microsoft, pourrait être intégré à Linkedin, selon Techcrunch. Un analyste de Bloomberg Intelligence affirmait lundi que Microsoft pourrait transformer Linkedin en un outil majeur de relation client pour les vendeurs, entrant ainsi en concurrence frontale avec Salesforce.