Finance 2.0

L'innovation suisse exige un soutien permanent des start-up

Les différences entre la Suisse et la Silicon Valley sont certes considérables. Trois conditions sont à remplir pour que la Suisse saisisse les opportunités ouvertes par l'innovation, par exemple de parler d'une seule voix

La Silicon Valley forme un écosystème unique. L’innovation y passe aussi régulièrement qu’un car postal en Suisse. A Palo Alto, on contracte très vite le virus entrepreneurial. On est rapidement assis avec un Hindou et un Canadien à discuter d’une idée de start-up dans un Starbucks d’El Camino Real! En Suisse, les nouvelles idées font aussi l’objet de débats, mais les différences sont majeures.

«Pourquoi» plutôt que «pourquoi pas»

Les discussions portent aisément sur la question du «pourquoi». On se laisse tellement influencer par les obstacles qu’à la fin on renonce. Dans la Silicon Valley, les interrogations se concentrent sur le «pourquoi pas». On pense à la dimension globale et on fixe l’objectif. Ainsi naît l’innovation! En une semaine, l’entreprise est fondée, ses instruments essentiels installés dans le Cloud, l’équipe de communication assurée par Slack, et déjà les premiers investisseurs proposent leur financement. Un bureau s’obtient avec les solutions de partage de WeWork ou Work500, quelque part entre San Francisco et San Jose. Sans succès, il reste le Starbucks. Si ces cafés offraient des boîtes postales, bien des start-up y installeraient leurs bureaux.

On a beaucoup moins peur d’oser quelque chose dans la Silicon Valley. Cet ADN de la prise de risque fait souvent défaut en Suisse. Les capital-risqueurs investissent dans de nombreuses entreprises et les accompagnent de la fondation aux différentes étapes de financement jusqu’à la vente (Exit) par entrée en bourse ou rachat. Au fil des étapes, les investisseurs ne manquent pas, ni les mentors, ni les spécialistes du financement participatif (Kickstarter), ni les accélérateurs, business angels et partenaires. En Suisse, dès la deuxième étape, les start-up doivent chercher un financement à l’étranger, et finissent par se déplacer pour se rapprocher du capital.

Apprendre des erreurs

Un entrepreneur de la Silicon Valley est pris au sérieux uniquement s’il a échoué au moins à deux reprises. L’échec est une preuve de réussite, le témoignage d’une volonté de fer et la soif d’apprendre. Naturellement, il est conseillé de ne pas répéter une erreur, mais la peur de l’échec n’empêche personne de redémarrer. Chez nous, par contre, un entrepreneur qui a connu l’échec le conserve toujours l’image de perdant.

Nous cherchons trop la perfection. Nous partons de l’hypothèse selon laquelle les clients n’acceptent un produit ou un service que si toutes ses fonctions appartiennent à la meilleure qualité. L’approche dite «Minimal Valuable Product» (MVP) fonctionne différemment. Dans la Silicon Valley, le temps qui s’écoule jusqu’à la commercialisation est important. Tout ce qui prend plus de trois mois est refusé. C’est pour cela que les entreprises réalisent la fonction la plus indispensable et l’introduisent rapidement sur le marché. Les fonctions supplémentaires sont ajoutées ultérieurement. Le produit peut ainsi progressivement être adapté aux désirs du client. MVP en est peut-être déjà à sa sixième adaptation lorsque d’autres producteurs commercialisent leur premier produit. C’est ainsi que l’on reste concurrentiel.

Chercher l’échange

Les entreprises ont tendance à garder leurs idées chez elles et ne laissent travailler leurs employés que dans un cadre protégé. Elles craignent qu’on ne copie leurs idées. Des études montrent qu’une bonne idée est copiée au moins 4 fois dans les 18 mois. Les entreprises de la Silicon Valley l’ont accepté et échangent leurs idées dès le départ. Elles obtiennent un feedback qualifié immédiatement.

C’est ainsi qu’une innovation disruptive peut émerger! Factom est l’exemple d’une telle start-up. Basée sur la technologie blockchain, elle produit des identités digitales non équivoques et inamovibles. Prévu à l’origine pour Bitcoin 2.0, le service est maintenant offert à des gouvernements d’Amérique du Sud où des parcelles de terrain sont marquées avec cette technologie. La prochaine étape pourrait survenir en Europe avec l’identité des réfugiés.

Une voix pour tous

La Silicon Valley compte d’innombrables start-up et investisseurs. Tous agissent de concert et parlent d’une seule voix dans leurs relations avec l’extérieur. En Suisse par contre, on rencontre une multitude d’associations de start-up. Le nombre continue même de croître. Il est bien difficile de parler d’une seule voix. Mark Branson, directeur de la Finma, expliquait fin mars que pour l’établissement d’une licence light il aurait préféré disposer d’un seul partenaire. Londres a résolu la question en nommant un ambassadeur de la fintech, placé sous la responsabilité de David Cameron lui-même.

Si une telle structure était créée en Suisse, la scène start-up suisse pourrait avoir davantage de poids face à ses interlocuteurs étrangers. Ses intérêts seraient mieux pris en compte par la politique, les cantons et les médias.

Ces innombrables différences me ramènent au car postal. La Poste a présenté son propre véhicule autonome à Sion. L’idée est née dans la Silicon Valley. Les visiteurs se sont concentrés sur le «pourquoi pas». Ce n’est que de cette manière que les idées révolutionnaires naissent et qu’elles obtiennent un écho extraordinaire. C’est pourquoi il est temps de ne plus réfléchir en silos et d’adopter le modèle de la Silicon Valley. L’échange, l’écoute et l’inspiration traduisent d’abord une stratégie d’ouverture.

La Suisse ne manque pas d’esprit innovateur, de start-up, de bonnes universités. Mais il manque trois éléments clés:

1. Des directives uniques pour l’ensemble du pays pour soutenir l’esprit entrepreneurial,

2. Le soutien permanent des start-up de la fondation à l’entrée en bourse,

3. Une voix unique pour l’écosystème suisse. Ainsi l’attractivité du pays augmenterait auprès des entrepreneurs étrangers et nous ne perdrions plus nos talents au profit de Londres ou de la Silicon Valley.

(Traduction E.Garessus)

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