Echanges

L’inquiétude grandit aux Etats-Unis quant aux conséquences des guerres commerciales

Alors que les Etats-Unis ont imposé vendredi des droits de douane de 25% sur un total de 34 milliards de dollars d’importations chinoises, industriels et lobbys pro-business mettent en garde un Donald Trump imperturbable

Les avertissements s’accumulent pour Donald Trump. A la veille de l’entrée en vigueur des taxes visant des importations chinoises, la Réserve fédérale (Fed) a publié, jeudi, le compte rendu de sa réunion de juin. Elle y souligne «les incertitudes et les risques associés à la politique en matière commerciale» qui «se sont intensifiés», soulignant qu’ils «peuvent éventuellement avoir des effets négatifs sur le sentiment des entreprises et les dépenses en investissement».

Une semaine plus tôt, le géant de l’automobile General Motors (GM) s’était montré encore plus alarmiste dans une note transmise au Département du commerce. «Augmenter les tarifs douaniers pourrait réduire la taille de GM, réduire la présence sur le plan national et à l’étranger de cette entreprise américaine emblématique et risque de réduire les emplois plutôt que de les développer», a assuré l’entreprise.

Une carte interactive pour mesurer les impacts sur l'économie

En marge des tensions entre les Etats-Unis et la Chine ou avec l’Union européenne, la Maison-Blanche a, en effet, annoncé le 23 mai que Donald Trump envisage d’imposer de nouvelles taxes douanières sur les importations de véhicules. Le 27 juin, deux associations regroupant les principaux constructeurs mondiaux, l’Alliance of Automobile Manufacturers et l’Association of Global Automakers, ont mis en garde contre des taxes qui «augmenteraient les prix pour les consommateurs américains, limiteraient leurs choix et supprimeraient les ventes et la production de véhicules américains».

Le 31 mai, Tom Donohue, le responsable de l’US Chamber of Commerce, une institution traditionnellement liée à l’aile pro-business du Parti républicain et avocate infatigable du libre-échange, avait déjà indiqué dans une note que la politique protectionniste de l’administration pèsera sur la forte croissance économique des Etats-Unis et pourra menacer jusqu’à 2,6 millions d’emplois. Il a récidivé le 2 juillet dans un rapport dénonçant une «mauvaise approche» publié sur le site de l’US Chamber of Commerce. Il compte une carte interactive permettant de mesurer, Etat par Etat, l’impact possible de ces tensions commerciales.

Whiskey et Harley-Davidson

Ces inquiétudes ont déjà commencé à se matérialiser. Le 25 juin, le constructeur américain Harley-Davidson a annoncé la délocalisation d’une partie de sa production à la suite de la hausse des taxes européennes, passées de 6% à 31%, soit une augmentation moyenne de 2200 dollars par moto. La mesure a été prise par l’Union européenne (UE) en riposte à une augmentation en juin de 25% et de 10% des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium européens. Donald Trump, qui avait reçu les dirigeants du groupe à la Maison-Blanche en 2017, a vivement réagi à cette annonce, assurant: «Nous n’oublierons pas, vos clients non plus.»

Le choix de Harley-Davidson s’explique par le fait que l’entreprise est installée dans l’Etat du Wisconsin, remporté à la surprise générale par Donald Trump lors de l’élection présidentielle, et qu’il s’agit de la terre d’élection du speaker républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan. Le bourbon du Kentucky, où le chef de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, est élu, a été ciblé pour la même raison.

Représailles chinoises contre le soja

La note de l’US Chamber of Commerce précise que cinq autres Etats remportés par Donald Trump en 2016, l’Alabama, le Michigan, la Pennsylvanie, la Caroline du Sud et le Texas, sont les plus exposés à cette amorce de guerre commerciale. Ceux, conservateurs, du Midwest, jardin agricole des Etats-Unis, ne sont pas épargnés pour autant: le cours du soja a ainsi atteint jeudi son plus bas niveau en neuf ans. L’oléagineux va être ciblé par des représailles chinoises alors que ce pays importe jusqu’à présent 30% de la production américaine.

En dépit de ces signaux convergents et des sondages qui montrent qu’une majorité de personnes interrogées désapprouve l’imposition de taxes (contrairement aux électeurs républicains), le président des Etats-Unis reste imperturbable. Recevant lundi le premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, il a répété ses antiennes contre l’Union européenne et l’Organisation mondiale du Commerce qui, selon lui, traitent «mal» les Etats-Unis.

«Nous allons rencontrer assez rapidement les dirigeants européens et si nous pouvons parvenir à quelque chose, ce sera positif, et dans le cas contraire, ce sera positif aussi», a commencé Donald Trump avant d’être coupé assez peu diplomatiquement par son visiteur. «Non, ce n’est pas positif, a assuré Mark Rutte. Nous devons parvenir à quelque chose.»


Riposte russe

La Russie a annoncé vendredi l’introduction de surtaxes sur une série de produits américains en réponse aux barrières douanières imposées par les Etats-Unis sur l’acier et l’aluminium. Formalisées par un décret signé par le Premier ministre Dmitri Medvedev, ces mesures devraient rapporter 87,6 millions de dollars aux entreprises russes. Elles ne compenseront que très partiellement le préjudice de 537,6 millions de dollars lié aux mesures américaines, selon le ministre. AWP


Riposte chinoise

Le ministère chinois du commerce a annoncé vendredi qu’il avait déposé une nouvelle plainte auprès de l’OMC contre Washington. Celle-ci vise les nouveaux droits de douane américains, selon l’agence officielle d’informations Chine Nouvelle.
«La Chine a déposé une nouvelle plainte à l’OMC [...] à propos des droits de douane formellement appliqués par les Etats-Unis», a indiqué Chine Nouvelle, citant un communiqué du ministère du Commerce. AWP

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