Au cœur des marchés

L’insolence du marché américain

CHRONIQUE. Tous les voyants sont au vert dans la finance aux Etats-Unis, alors que l’Europe et les pays émergents continuent à souffrir. L’analyse technique montre que cette tendance va perdurer

A ma gauche, les Etats-Unis: l’indice S&P 500 en hausse de près de deux chiffres depuis le début de l’année, des taux d’intérêt à 10 ans proches de 3%, une banque centrale prévisible, une prime de risque – soit l’écart de rendement entre les emprunts d’entreprises et de l’Etat – orientée à la baisse depuis longtemps, signe de confiance des investisseurs.

A ma droite, le reste du monde, en particulier l’Europe et les pays émergents: des marchés en baisse, des taux d’intérêt n’arrivant pas à décoller et des primes de risque en hausse. On a rarement vu un tel grand écart! Une situation qui paraît difficilement tenable. Certes, il arrive que les marchés des actions ne soient pas synchronisés, mais cette différence de régime ne dure en général pas: l’arbitrage fait son effet. Alors cette fois, dans quel sens aura-t-il lieu? Est-ce l’Amérique qui va flancher, ou le reste du monde qui va reprendre du poil de la bête?

Pas seulement les leaders

Mettons de côté l’analyse macroéconomique et les considérations géopolitiques, et essayons de regarder la situation purement sous l’angle de l’analyse technique, en utilisant des indicateurs de tendance traditionnels. Sur la base de ces critères, l’image est la même que précédemment… en plus accentué encore!

Sur le marché américain, tous les indices, qu’ils soient de grandes, moyennes, ou petites capitalisations, sont en hausse. La «diffusion» est également excellente: la très grande majorité des secteurs (qui composent les indices) sont en tendance haussière, et les indicateurs de profondeur (breadth) ne donnent aucun signe de fatigue. Tout est au vert.

Les inquiétudes exprimées par certains stratégistes sur le fait que le marché «se rétrécirait», avec une concentration de la hausse qui ne se ferait que grâce à un petit nombre de sociétés, mais dont le poids dans les indices est très important, paraissent ici injustifiées. Oui, il y a des leaders qui tirent le marché, mais le reste suit et monte également, même si c’est dans des proportions plus modestes.

Grâce au dollar fort

En revanche, les autres marchés offrent une image différente. En Europe, la plupart des indices régionaux ont très mauvaise mine: France, Allemagne, Italie, Espagne présentent une tendance baissière à moyen terme. Et l’image est la même que l’on regarde les grandes, les moyennes ou les petites capitalisations. La diffusion sectorielle reste médiocre: la plupart des secteurs sont orientés à la baisse. Pour les pays émergents, même image, en pire: diffusion pays et secteurs là aussi très négative. Seul le Japon semble retrouver des couleurs.

Alors, qui des Etats-Unis ou du reste du monde va gagner le match? La réponse se trouve certainement ailleurs que dans les marchés des actions proprement dits. La force du dollar porte certainement une grande part de responsabilité dans la surperformance récente du marché américain. Il semble marquer un peu le pas, et si on pense que sa force relative est maintenant intégrée dans les cours, les autres régions pourraient bien profiter d’un rattrapage. Et le franchissement par le taux à 10 ans de la barre des 3% pourrait également représenter un pivot. Mais pour le reste, nos modestes indicateurs techniques ne fournissant pas de réponse claire, ils nous inciteraient plutôt à suivre l’adage: «The trend is your friend (La tendance est votre amie).»  Et vive les Etats-Unis!

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