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Jean-Claude Biver, dans le nouvel atelier d’assemblage de TAG Heuer à La Chaux-de-Fonds.
© Fred Merz / Lundi13

Horlogerie

Pour l’instant, la nouvelle TAG Heuer connectée est «Swiss made»

La marque chaux-de-fonnière a lancé une nouvelle smartwatch, cette fois estampillée du label suisse. Mais la loi réglant l’utilisation de la mention «Swiss made» pour les montres connectées est lacunaire et déjà obsolète

Sans surprise, Jean-Claude Biver a sorti le grand jeu. Avec joueurs de cor des Alpes, fondues au fromage et drapeaux rouges à croix blanche. Mardi, pour célébrer le lancement de la nouvelle montre connectée de TAG Heuer, le président du pôle horloger de LVMH avait investi les bords du lac des Quatre-Cantons, à un tir d’arbalète de la plaine du Grütli. Une manière de souligner l’une des principales caractéristiques de cette nouvelle smartwatch: elle est «Swiss made».

C’est une nouveauté, car la première version n’était pas marquée du label. «Nous avons acheté des machines, acquis le savoir-faire et, après différents audits, notre usine de La Chaux-de-Fonds a été certifiée par Intel pour assembler ses microprocesseurs», justifie Jean-Claude Biver. L’investissement se monte à quelques dizaines de millions de francs et une cinquantaine de nouveaux emplois ont été créés dans la métropole horlogère pour cet atelier d’assemblage flambant neuf. Toutefois, dès le 1er janvier 2019, produire des montres connectées «Swiss made» nécessitera peut-être encore quelques aménagements supplémentaires.

Tout reste flou pour les montres connectées

Car si la nouvelle législation sur le «Swiss made» – entrée en vigueur le 1er janvier dernier mais qui prévoit une période d’adaptation de deux ans – est claire pour les montres mécaniques et à quartz, en ce qui concerne les smartwatches, tout reste flou.

La loi considère comme suisse toute montre «dont le développement technique est effectué en Suisse». Pour les modèles «non exclusivement mécaniques» (les montres connectées), ce développement technique englobe «au moins la construction mécanique et le prototypage de la montre dans son ensemble ainsi que la conception du ou des circuits imprimés, de l’affichage et du logiciel».

Mais qu’entend-on par «logiciel»? Est-ce que l’on parle des microprogrammes qui permettent aux composants électroniques de communiquer entre eux? Du système d’exploitation (par exemple Android Wear, de Google, ou WatchOS, d’Apple)? Des applications tierces téléchargeables par la montre?

Dans son rapport explicatif sur la nouvelle ordonnance, publié en juin 2016, le Conseil fédéral a tenté un éclaircissement: «Dans le cas des montres connectées, le module qui sert à mesurer le temps doit être développé en Suisse, mais le jumelage entre la montre connectée et l’ordiphone [ndlr: smartphone] peut se faire par le biais d’un système d’exploitation étranger étant donné que cette fonction ne sert pas à la mesure du temps.»

Une définition déjà obsolète

Problème: cette définition est déjà obsolète. D’abord car, dans une montre connectée, le temps est presque toujours mesuré par le téléphone (lui-même connecté à Internet) et envoyé à la montre. Ensuite et surtout, car il semble acquis que les montres connectées de demain n’auront simplement plus besoin des téléphones portables. «Les standards du monde informatique évoluent bien trop vite pour la législation suisse», résume un connaisseur du dossier.

Jean-Daniel Pasche reconnaît le problème. «Nous devrons interpréter le texte au cas par cas, concède le président de la Fédération horlogère (FH). Et ces interprétations serviront de guide pour la branche. Nous avons des discussions presque chaque jour sur cette question avec les marques; nous avançons au cas par cas.»

Différentes pistes sont explorées pour résoudre le problème

Malgré ce flou, les marques, elles, cherchent des pistes pour répondre à ce problème de logiciel. Chez TAG Heuer, dont la nouvelle montre tourne grâce à Android Wear (Google), on explore différentes voies telles que le développement d’un système d’exploitation répondant à ces nouvelles exigences ou à une «suissisation» des grands standards existants.

«Nos équipes sont déjà au travail», explique Guy Sémon, directeur général de la marque. Il n’a pas encore tranché sur la bonne piste à emprunter mais une chose est sûre: une solution sera trouvée avant 2019 pour respecter les critères du «Swiss made», quels qu’ils soient. «Il suffira de mettre à jour les montres achetées avant cela pour s’adapter à la réglementation», précise-t-il.

De son côté, le groupe Swatch a annoncé le mois dernier qu’il planchait sur son propre écosystème «Swiss made». «Notre système opérationnel s’occupera de la gestion des périphériques nécessaires et de leurs pilotes (drivers) et permettra le développement de toutes sortes d’applications pour la montre augmentée», précise un porte-parole du groupe biennois.

Ces montres, attendues pour fin 2018, pourront-elles exploiter des applications réalisées pour WatchOS ou Android Wear? Pas directement. Elles pourront «exécuter des applications développées pour notre OS. C’est ce qui nous permet de répondre aux deux plus importantes préoccupations [ndlr: des utilisateurs], à savoir la sécurité des données et l’autonomie d’utilisation», répond Swatch Group. Mais, communiquant avec les smartphones de leurs propriétaires, ces montres auront de fait accès aux milliers d’applications d’Android ou de IoS.

Définition commune? Mission impossible

L’idéal serait de réunir tous les acteurs de l’industrie horlogère autour d’une table pour discuter de ces définitions mais, connaissant les rivalités entre les marques, c’est mission impossible. Jean-Daniel Pasche précise: «Une définition a priori des montres connectées est non seulement difficile à établir pour des raisons politiques, mais aussi parce qu’il s’agit d’un secteur encore en pleine ébullition. Il nous est impossible d’identifier tous les cas possibles de montres connectées, car certaines n’existent même pas encore. Je le répète: nous devrons avancer au cas par cas.»


Commentaire

Bricoler ne suffit pas

A court terme, c’est plutôt commode. Le fait que personne ne sache exactement ce qui sera – ou non – une montre connectée «Swiss made» en 2019 arrange d’abord les marques. Ces dernières peuvent ainsi explorer toutes les voies imaginables pour investir l’univers de la smartwatch. En se disant qu’elles auront le temps de se mettre en règle le moment venu. Cette situation arrange aussi la Fédération horlogère (FH) qui, pour des raisons politiques, aurait une peine infinie à rassembler toutes les entreprises autour d’une table pour clarifier la situation. Avancer au cas par cas est donc plutôt confortable.

Toutefois, à moyen terme, ce bricolage ne suffira plus. Comme pour les montres mécaniques, la «suissitude» des montres connectées doit être clairement définie par la FH pour être préservée et valorisée. Dans les années à venir, c’est peut-être même l’un des seuls avantages compétitifs que pourra brandir l’industrie suisse face à des géants comme Apple ou Samsung.

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