Pharma

Pour l'instant, Roche ne craint pas Donald Trump

Les déclarations intempestives du président américain sur le prix des médicaments et les implantations industrielles ne font pas frémir le groupe pharmaceutique bâlois

Donald Trump a rencontré mardi à la Maison blanche plusieurs grands patrons de l’industrie pharmaceutique. Les principales entreprises américaines, comme Johnson&Johnson, Eli Lilly ou Merck étaient représentées. Joe Jimenez, le patron de Novartis, était aussi invité. Mais pas celui de Roche, l’Autrichien Severin Schwan, à la tête du numéro deux mondial de l’industrie qui a intégré en 2009 Genentech, la plus grande entreprise de biotechnologie sur sol américain.

Vexé? «Non. Si j’ai l’occasion de rencontrer Donald Trump, je le ferai sans problème. Mais la réunion de mardi était organisée par l’association de l’industrie pharmaceutique américaine alors que nous faisons partie de l’autre association, celle de biotechnologie», explique diplomatiquement Severin Schwan. La liste des participants devait cependant être basée sur le principe «America first» car une société de pure biotechnologie, Amgen, était représentée, de même que Celgene. Joe Jimenez, qui a un passeport américain, ancien patron de la société typique américaine Heinz, fabricant de ketchup, était la demi-exception.

Donald Trump a prié les industriels pharmaceutiques de baisser leurs prix, promouvoir l’innovation et renforcer leur production sur place. Ce dernier point posera par exemple problème à Celgene, dont une grande partie de la production mondiale de médicaments est basée dans le canton de Neuchâtel. Certains de ses produits sont donc importés aux Etats-Unis, comme c’est le cas, dans une moindre mesure, pour Novartis qui possède des usines aux Etats-Unis, alors que la fabrication des produits génériques Sandoz est essentiellement basée en Europe.

Pas de spéculations

Severin Schwan ne se prononce pas sur le risque de taxes à l’importation de médicaments qui pourraient être fabriqués aux Etats-Unis. «Je ne veux pas spéculer là-dessus», lâche-t-il. Il rappelle toutefois que l’industrie pharmaceutique fonctionne différemment que d’autres secteurs dans le domaine de la production. «Il est impossible de produire tous les composants d’un médicament dans un seul pays, constate le patron de Roche. La chaîne de valeur est internationale. Et c’est cela qui permet une forte productivité par une optimisation des coûts. Nous devons pouvoir garder ce système à l’avenir. D’autant plus que les nouvelles usines doivent être homologuées selon une procédure longue et complexe».

De manière générale Severin Schwan ne s’attend pas à ce que Roche subisse des pressions en raison d’une trop faible présence aux Etats-Unis, où sont réalisés 42,7% du chiffre d’affaires du groupe. «N’oublions pas les activités de Genentech, intégrée à Roche, qui exploite sur sol américain la plus grande usine du groupe, rappelle le patron de la multinationale suisse. La contribution de Genentech à l’innovation, en particulier sur la côte ouest des Etats-Unis, est énorme, et plus de 25 000 employés travaillent dans ce pays». La division Diagnostics est aussi très bien représentée outre-Atlantique et plusieurs récentes acquisitions l’ont encore renforcée, constate Roland Diggelmann, patron de cette division.

«Les Etats-Unis sont un pays qui a toujours récompensé l’innovation et nos médicaments sont particulièrement innovants»

Les déclarations de Donald Trump sur les prix n’impressionnent guère Severin Schwan: «Les Etats-Unis sont un pays qui a toujours récompensé l’innovation et nos médicaments sont particulièrement innovants». Une petite inquiétude pointe cependant en relation avec la politique d’immigration restrictive. «Nous avons besoin de recruter les meilleurs talents, où qu’ils se trouvent dans le monde. Et si un pays restreint la libre circulation des chercheurs, nous pourrions être obligés de délocaliser», explique le patron de Roche.

Le groupe bâlois a annoncé mercredi un chiffre d’affaires 2016 en hausse de 5%, à 50,57 milliards de francs, dont 39,10 milliards (+5%) pour la division pharmaceutique. Le bénéfice d’exploitation progresse aussi de 5%, à 18,42 milliards. Roche, spécialisé dans les médicaments contre le cancer, parvient à nettement compenser par le lancement de nouveaux médicaments (4 en un an) la perte de brevets, donc le déclin des ventes, des plus anciens.


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