La Suisse décrochera-t-elle bientôt le Prix Nobel d'économie qui manque à son palmarès académique? La moustache de Pierre Mirabaud tremble lorsqu'il soulève le sujet. Le président de l'Association suisse des banquiers (ASB) est conscient du retard pris par la Suisse dans le domaine de la recherche financière et bancaire. Lancée il y a deux ans, l'idée d'un institut suisse de la haute finance s'est concrétisée. Mardi à Berne, lors de la présentation du projet, Pierre Mirabaud a pu caresser l'espoir que le prochain Prix Nobel d'économie s'inscrira dès le 1er janvier prochain au Swiss Finance Institute (SFI).

Rassembler les fonds n'a pas été chose aisée, et encore moins convaincre les universités suisses de jouer le jeu de la sélection centralisée selon l'excellence de quelques dizaines d'étudiants-chercheurs encadrés par une trentaine de professeurs de haut niveau. Comme pour ne froisser personne, en particulier les milieux académiques alémaniques obligés de répondre à une initiative romande, le SFI n'aura ni siège administratif ni locaux de cours. Dirigé par le Belge Jean-Pierre Danthine, professeur à l'Université de Lausanne, il sera virtuel et orienté vers le rassemblement des forces d'enseignement de haut niveau dans deux ou trois pôles.

Cela ne veut pas dire que le SFI sera sans moyens. Le tour de table a permis de dégager quelque 200 millions de francs pour une période de quinze ans. L'ASB met 75 millions de francs dans la caisse de la promotion de la recherche fondamentale en économie. Les hautes écoles, la Confédération et les organismes existants (FAME, NCCR Finrisk) mettront également la main au porte-monnaie. Le budget annuel, de 18 millions de francs après la phase de lancement, permettra de créer des chaires universitaires. Hans Weder, recteur de l'Université de Zurich, a annoncé son intention de fonder quatre à six chaires supplémentaires en huit ans en collaboration avec le SFI. Les universités de l'Arc lémanique n'ont, pour l'instant, pas été aussi précises.

L'ambition consiste, pour la place académique et financière suisse à rivaliser, à terme, avec la London Business School. «Nous pouvons, au moins en Europe, devenir leader», lance Olivier Steimer, président du conseil d'administration de la BCV et président du nouveau conseil de fondation du SFI. «Patience, rétorque Jean-Pierre Danthine, il faudra des années pour former d'excellents jeunes chercheurs.» Le Prix Nobel suisse se fera donc encore désirer avant la fin de la décennie.