Transports

L’intelligence artificielle s’invite dans l’automobile

Au Salon de Genève, les constructeurs évoquent les atouts de l’IA. Mercedes passe à l’acte sur la nouvelle Classe A. Non sans susciter des interrogations sur le respect de la vie privée

«L’automobile a transformé le monde au siècle dernier. La puce de silicium a fait de même. Aujourd’hui, les deux fusionnent pour changer la mobilité», notait Daniel M. Shapiro, directeur de la division automobile de Nvidia au récent salon de Detroit, aux Etats-Unis. Nvidia est le fournisseur des processeurs, cartes et puces graphiques qui, avec leurs concurrents directs, ont permis aux consoles de jeux d’être des machines surpuissantes. Cette force de calcul est maintenant mise au service de la voiture telle qu’elle se redessine: connectée, autonome, partagée et électrique.

Le jeu vidéo donne ainsi à l’automobile les outils pour mieux se diriger et afficher quantité d’informations sur l’écran de bord. La nouvelle Classe A de Mercedes, exposée à l’actuel Salon de Genève, intègre deux puces graphiques Nvidia de dernière génération. L’écran peut afficher – via la caméra frontale du véhicule – des vues en réalité augmentée. L’image vidéo est enrichie d’informations utiles à la navigation, par exemple des noms et numéros de rue ou des flèches directionnelles.

Machine pensante

Le petit modèle est surtout le premier à proposer une autre évolution majeure de l’informatique: l’intelligence artificielle. Soit la capacité donnée à une machine d’imiter l’intelligence humaine pour résoudre des problèmes complexes.

A Palexpo, d’autres constructeurs évoquent ce type de simulation. Toyota imagine des véhicules urbains qui seraient capables d’engager la conversation avec leurs occupants, pour les informer, les distraire, leur remonter la pendule. Ce ne sont que des prototypes. Mercedes propose en revanche l’intelligence artificielle dans sa Classe A, solidaire de l’interface MBUX (Mercedes-Benz User Experience) posée sur le tableau de bord.

Une machine pensante? Plutôt un assistant mobile, à l’image des enceintes connectées qui obéissent à la voix humaine. Dotée d’une capacité d’apprentissage, l’interface de commandes reconnaît peu à peu la manière de parler des humains dans l’habitacle, même s’ils ne maîtrisent pas bien une langue. Elle comprend le style indirect, comme «j’ai froid» au lieu de «température à 24 degrés». Régulièrement mise à jour, elle s’adapte aux nouvelles expressions et tournures de phrase du langage commun.

Rester hors réseau

Le MBUX assimile les habitudes d’un conducteur ou d’une conductrice. Il le ou la prévient qu’un embouteillage rallongera le temps de trajet habituel vers le lieu de travail, que la boulangerie du dimanche matin est fermée pour cause de vacances, qu’il est temps – en cas d’oubli – d’appeler un membre de la famille comme un occupant à un moment précis de la journée. C’est fascinant autant qu’inquiétant, à force d’intrusion dans la sphère privée.

«Pourquoi inquiétant? rétorquait l’autre jour à Genève Sajjad Khan, responsable de la mobilité numérique chez Daimler, le groupe propriétaire de Mercedes. Nous ne récoltons aucune donnée personnelle, pas plus que nous ne les confions à des entreprises tierces. Elles restent dans la voiture lorsque la Classe A n’est pas connectée à un réseau. Si elles partent dans le cloud, ce n’est qu’avec l’autorisation expresse du propriétaire. Celui-ci a toujours la possibilité de se déconnecter de l’intelligence artificielle, facilement. Sur l’écran près du volant, un témoin signale toujours si l’IA est active ou non.»

A Detroit, Daniel M. Shapiro élargissait le débat: «L’un des enjeux des interactions entre l’intelligence artificielle et les humains sera, précisément, d’avoir la possibilité de ne pas utiliser l’IA. Il faudra respecter cette volonté d’être hors réseau. Ce sera une importante question de société.»

Cibler les jeunes en premier

Mercedes insiste sur l’aspect intuitif de son système, propre à faire gagner du temps aux automobilistes, à améliorer leur sécurité, à créer du lien émotionnel. Sur la Classe A, les commandes du MBUX peuvent être actionnées au volant, sur un pavé tactile entre les deux sièges avant, sur l’écran tactile, par la voix. «Celle-ci reste le moyen de communication le plus performant que nous ayons à disposition, poursuit Sajjad Khan. Elle sera toujours plus employée dans l’utilisation de l’Internet des objets. C’est pourquoi nous la privilégions dans notre système.»

Mais pourquoi avoir choisi d’introduire l’IA – en série – dans le plus petit modèle de la gamme Mercedes-Benz? D’habitude, ce type d’innovation est d’abord réservé aux véhicules les plus onéreux d’une marque, avant de redescendre progressivement en gamme. «La Classe A appartient à un segment qui s’adresse en particulier aux jeunes. Ils sont déjà accoutumés aux technologies numériques et sans doute les plus réceptifs à une nouveauté comme l’IA», relève Sajjad Khan.

Le dispositif d’information et de divertissement MBUX a été développé dans le laboratoire de «design avancé» de Mercedes à Sunnyvale, dans la Silicon Valley. En collaboration avec le centre de développement du constructeur en Allemagne et ses antennes en Chine, au Japon, en Corée et en Inde. Ou encore avec des start-up et des sociétés spécialisées comme Harman, propriété de Samsung.

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