« Le 31 juillet 1971, la décision est prise de ne plus verser aucun intérêt aux fonds étrangers qui cherchent refuge chez nous. Le 4 juillet 1972, les capitaux étrangers qui excèdent Fr. 50 000. – par personne sont frappés d’une taxe trimestrielle de 2% payable d’avance. L’intérêt négatif est inventé. Il ne décourage cependant les détenteurs de dollars que pendant quelques mois. Aussi, le 23 janvier 1973, le franc suisse est abandonné aux caprices du marché des changes. Il flotte.

Le 1er octobre 1973, l’intérêt négatif de 8% est supprimé, car la sous-évaluation du franc suisse par rapport à la plupart des monnaies est évidente. Le 21 octobre 1974, l’interdiction de rémunération des fonds étrangers est, elle aussi, rapportée. Le 20 novembre 1974, le Conseil fédéral réintroduit, avec effet rétroactif au 31 octobre, à la fois l’intérêt négatif élevé à 12% (3% trimestriel) et l’interdiction de rémunérer les capitaux étrangers. La raison en est claire: le franc suisse est fortement surévalué par rapport aux autres monnaies.

Rien n’illustre mieux que ce succinct rappel de quelques dates le profond désordre dans lequel nous plonge l’absence de Système monétaire international. […] »

« Le centre du dispositif mis en place par la Banque nationale suisse pour lutter contre l’afflux excessif de capitaux étrangers – l’une des principales causes de la hausse permanente du franc suisse – est formé par le prélèvement obligatoire d’un «intérêt négatif» de 10% par trimestre sur les dépôts de fonds étrangers. Théoriquement, cette mesure est de nature à décourager tout déposant étranger: le franc suisse monte, mais quand même pas au rythme de 40% l’an! En pratique cependant, il existe plusieurs moyens de contourner le plus légalement du monde ce redoutable épouvantail. Par exemple, en plaçant immédiatement les fonds en papiers-valeurs. Ou en virant les sommes sur un compte de chèque postal. Ou en achetant des francs suisses à terme.

Les nouvelles dispositions prises par le Conseil fédéral en accord avec la BNS visent précisément à contrecarrer ces «fuites» dans le dispositif de barrage. L’interdiction de placement (Anlageverbot), réintroduite sous une forme plus sévère qu’en 1973-73, est la mesure la plus grave. Elle donnera certainement un coup de frein à l’afflux de fonds; ses «effets secondaires» (resserrement du marché des capitaux, risque de hausses des taux d’intérêt) ne sont pas négligeables, mais au vu des circonstances présentes, le Conseil fédéral a jugé la situation du franc suffisamment préoccupante pour revenir sur sa position de principe (qui était, rappelons-le, hostile à l’Anlageverbot). […] »