Internet ne se limite plus à un réseau de communication entre personnes. Grâce aux progrès technologiques (capteurs intégrés, communications sans fil), les objets peuvent maintenant communiquer entre eux, et les champs d’application sont vastes. Aujourd’hui, seule une fraction des objets est connectée; demain, plus de 26 milliards d’entre eux pourraient l’être et 40% des échanges de données provenir des communications entre machines, d’après une étude du fabricant américain d’équipements pour l’infrastructure internet Cisco. Le marché pourrait être gigantesque et représenter plus de 14 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

L’Internet des objets, aussi désigné par l’acronyme M2M pour symboliser la communication de machine à machine, sera-t-il la nouvelle révolution industrielle? Cette idée d’objets connectés, dotés de capacités de mesure et, pour les plus évolués, d’une certaine autonomie, est dans l’air depuis longtemps. Il ne s’agit en fait «que» d’une projection dans le monde des objets de l’idée d’un Internet omniprésent. Les progrès que cela permettra sont difficiles à imaginer. Mais qui aurait pensé, lors des premières démonstrations de l’ancêtre d’Internet au début des années 1970, que tout un chacun se promènerait moins d’un demi-siècle plus tard avec un appareil portable connecté au net dans sa poche?

Les projets se multiplient

La mise en œuvre à grande échelle de l’Internet des objets est une formidable collection de défis techniques. L’un d’eux réside dans la protection contre les attaques de pirates informatiques: sans une sécurité complète, les risques pourraient surpasser les bénéfices. Mais certaines applications existent déjà: en Suisse, par exemple, la connectivité des voitures de Mobility, qui utilisent depuis quinze ans le réseau mobile pour communiquer avec la centrale pour l’administration du parc de véhicules, a facilité la mise en œuvre du partage de voitures.

Et les projets se multiplient. Certains sans vraiment convaincre, tels que les lunettes connectées de Google, les Google Glass. D’autres avec succès, comme les équipements connectés du fabricant américain de tracteurs et équipements pour l’agriculture, John Deere, qui donnent accès à un ensemble de services: alertes sur l’état du matériel, pilotage à distance d’équipements de gestion des cultures et envoi de recommandations sur l’utilisation et l’entretien du matériel.

Tous les domaines sont concernés. La santé, notamment, comme l’illustre la création par la pharma suisse Novartis et le fabricant américain de puces de communication Qualcomm d’une société d’investissement commune qui financera des start-up exerçant à la frontière entre technologies mobiles et santé. Dans le commerce de détail, des petites balises signalant leur présence aux smartphones situés à proximité et permettant, grâce à une application spécialisée, d’analyser les comportements d’achat et de proposer des offres localisées et personnalisées, sont en test chez certains détaillants aux Etats-Unis, comme les iBeacons d’Apple dans les grands magasins Macy’s.

Les valorisations ne se sont pas encore envolées

Pour l’investisseur, un premier constat réjouissant: même si le sujet suscite nombre de commentaires et d’études d’analystes financiers, les valorisations ne se sont pas encore envolées. Nous sommes encore loin de la bulle internet du début des années 2000 ou des valorisations étonnantes de certains exploitants de réseaux sociaux. De plus, souvent, le M2M est une extension d’activités existantes: une solution d’investissement simple – mais finalement peu ciblée – peut-être un indice de valeurs technologiques ou un panier de titres de sociétés développant des objets connectés, telles qu’Apple ou Google.

Une autre piste pourrait prendre la forme d’un panier de titres de fabricants d’outils nécessaires au développement de l’Internet des objets, équipements de réseau internet, capteurs ou puces de communication, à l’exemple de Cisco, Qualcomm, Intel ou NXP. Ce dernier, co-inventeur avec Sony de la technologie Near Field Communication (NFC) et fournisseur de puces permettant à des smartphones de régler des achats et d’échanger des données de manière sécurisée, a par exemple vu son cours multiplié par quatre en deux ans. Aussi connu pour son omniprésence dans le PC que pour sa quasi-absence du monde mobile actuel, Intel a créé une division Internet des objets.

Il existe aussi une multitude de petites et moyennes sociétés cotées et spécialisées dans le domaine, plus ciblées, mais aussi plus risquées pour l’investisseur. Par exemple, Sierra Wireless, cotée aux Etats-Unis avec une capitalisation boursière de 1,4 milliard de dollars, est spécialisée dans les systèmes M2M pour l’énergie et les transports. Toujours sur la bourse américaine, Control4 est un des leaders de la maison intelligente et sa capitalisation boursière atteint déjà 358 millions de dollars.

Diversification, prudence et rigueur sont de mise

Dans ce domaine d’investissement, la diversification, la prudence et la rigueur sont de mise. La leçon de la révolution informatique et des télécommunications est à retenir: la pression sur les prix est gigantesque et les prétendants sont aussi nombreux que les élus sont rares. De plus, les gagnants d’aujourd’hui peuvent aussi être les perdants de demain. Les sociétés disposant d’un avantage compétitif durable (brevets, protection par un effort de recherche et de développement, accords commerciaux exclusifs, etc.) ont une longueur d’avance.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que, s’il donne naissance à une véritable révolution industrielle, l’Internet des objets va finalement bénéficier à de nombreux secteurs économiques et donc à des entreprises qui pourraient profiter directement du M2M pour améliorer leur productivité et leur rentabilité. Ainsi sont souvent cités à titre d’exemple John Deere, mais aussi General Electric ou Fedex.

Nous sommes encore loin de la bulle internet du début des années 2000 ou des valorisations étonnantes de certains exploitants de réseaux sociaux.