Credit Suisse Group a renoué avec les bénéfices en 2003 (5,2 milliards de francs, LT du 13.02.2004) au prix de restructurations douloureuses et d'une compression des coûts de 20% l'an dernier. Avec à la clé la suppression de plus de 3400 emplois dans le monde sur un effectif total de plus de 60 800 à la fin de l'année 2003. Entretien avec Oswald Grübel, le patron allemand du pôle stratégique CS Financial Services (gestion de fortune, banque de détail et entreprises en Suisse, Assurances Winterthur) et codirecteur du CS Group depuis janvier 2003 avec l'Américain John Mack, le responsable du pôle stratégique banque d'investissement de CS Fist Boston.

Le Temps: Qu'est-ce qui vous a surpris dans le redressement de Credit Suisse Group?

Oswald Grübel: Si Credit Suisse Group n'avait pas été organisé selon la structure duale actuelle, le processus de restructuration n'aurait pas pu se faire aussi rapidement. Je suis très content du retour aux bénéfices de la Winterthur. Compte tenu des circonstances difficiles dans lesquelles nous nous trouvions, nous avons pu anticiper les nouvelles conditions prévalant sur le marché de l'assurance pour réorienter la compagnie, (ndlr: allusion au modèle, controversé, mis en place dans la prévoyance professionnelle) à un moment opportun, avant le reste du secteur. Je suis aussi très satisfait de CS First Boston qui a également renoué avec les bénéfices. Nous sommes moins satisfaits en revanche – il faut dire que je suis de nature impatiente – d'avoir dû nous concentrer sur la stabilisation du groupe. Nous n'avons ainsi pas pu nous focaliser suffisamment sur l'augmentation des revenus. D'où la priorité fixée désormais résolument sur la croissance.

– Dans le private banking, CSG affiche depuis longtemps une rentabilité supérieure à celle de UBS. Pourtant, celle-ci s'est effondrée au 4e trimestre. Est-ce dû à une certaine désaffection de la clientèle?

– Non. Je ne suis d'ailleurs pas satisfait non plus de cette dégradation de la rentabilité. Il est évident que nous aurions pu mieux travailler au quatrième trimestre dans le private banking. Cela tient d'une part au fait que nous ne nous sommes pas suffisamment concentrés sur les affaires en fin d'année et, d'autre part à la baisse des revenus des commissions et de transactions, due principalement à un volume d'actifs gérés inférieur en 2003. Cette période comportait aussi moins de jours ouvrables que les trimestres précédents. Mais tout cela ne constitue en aucun cas une excuse. Je suis d'ailleurs certain que cette faiblesse n'a été que passagère et qu'elle ne reflète pas une tendance. Le mois de janvier a d'ailleurs retrouvé un niveau de revenus normal.

– L'intérêt que vous avez exprimé pour une acquisition en Allemagne dans la banque grand public a surpris le marché. Comment justifier une acquisition dans un secteur qui doit être restructuré?

– La situation en Allemagne doit s'apprécier d'un point de vue paneuropéen. D'un point de vue culturel, la Suisse partage de nombreuses valeurs communes avec l'Allemagne. Mais nous continuons à observer l'ensemble des marchés. Nous avons simplement constaté qu'il y a en Europe plusieurs banques qui atteignent des capitalisations équivalentes et qui, tôt ou tard, pourraient être amenées à se rapprocher. Mais il ne faut pas s'attendre à quelque chose d'imminent. Car il faut admettre que, pour l'instant, les fusions transfrontalières, compte tenu des sensibilités nationales, sont plus difficiles à opérer que celles qui interviennent dans un même pays.

– Marcel Ospel, le président de UBS, estimait que pour gagner de l'argent dans la banque de détail, un établissement devait au moins contrôler 10% du marché…

– En Allemagne, aucune banque non publique ne détient 10% du marché dans la banque de détail. Seules les caisses d'épargne, prises ensemble, occupent la moitié du secteur. A mon avis, on peut développer des affaires rentables dans ce métier avec moins de 10% du marché. Mais cela ne constitue pas pour autant une raison suffisante d'acquérir une banque allemande. Dès lors que nous sommes présents dans un pays et que le marché européen est appelé à se consolider, notre réflexion stratégique consiste à nous demander si nous voulons y participer, ou non? Or, nous partons de l'idée qu'il est opportun de participer à cette consolidation si une opportunité se présente et qu'elle se justifie stratégiquement.

– Précisément dans la banque grand public?

– L'Europe est dominée par un système de banques universelles qui réunit la banque de détail, la gestion de fortune et la banque d'investissement. Au-delà d'une certaine taille, on ne trouvera jamais en Europe de banque privée pure, pas même en Suisse d'ailleurs où la gestion de fortune est dominée par des banques universelles.

– Faut-il s'attendre à de nouvelles réductions d'effectifs cette année?

– Si l'environnement économique se stabilise voire s'améliore, je ne vois pas la nécessité de réductions d'effectifs de grande ampleur.