La Banque centrale européenne a maintenu inchangé jeudi son taux d'intérêt directeur à 4,75% (lire ci-dessous). Dans la foulée de cette décision, l'euro est resté stable. Cette stabilité est un bon point pour une devise qui semble être la préférée des gestionnaires de fonds, selon une étude d'une grande banque d'investissement américaine. Cette stabilité ne doit certainement pas non plus déplaire aux responsables de la Banque nationale suisse (BNS). Les réserves en devises de la banque centrale sont en effet aujourd'hui aussi bien fournies en euros qu'elles le sont en billets verts. Et, après tout, l'euro est désormais la monnaie des économies partenaires de la Suisse.

Lors de sa rencontre avec Le Temps (lire notre édition du 18 janvier), le président du directoire de la BNS, Jean-Pierre Roth, s'est également exprimé sur la devise européenne. Laquelle ne semble lui avoir réservé que de «bonnes surprises». Entretien.

Le Temps: Quelle est votre analyse de la position du franc suisse face à l'euro et au dollar?

Jean-Pierre Roth: Depuis deux ans, nous avons vécu un test qui s'est bien déroulé. La cohabitation entre le franc suisse et la monnaie unique qui nous entoure a en effet bien fonctionné, alors que l'on pouvait éprouver quelques inquiétudes lors de la naissance de l'euro. En 1998, nous craignions que le franc ne fasse des sauts de cabri lors de remous sur l'euro. Cela n'a pas été le cas. La volatilité entre les deux devises a même été plus faible qu'entre le franc et le deutsche Mark auparavant. C'est une première bonne surprise. On a ensuite affirmé que cette stabilité n'était possible qu'avec un dollar fort, qui absorberait les incertitudes sur l'euro. Or, on constate que la baisse du billet vert agit sur l'euro, et non sur le franc. Les doutes sur le dollar n'ont donc pas déstabilisé notre monnaie.

– Mais cela signifie sans doute également qu'avec l'apparition des deux grands blocs monétaires – euro et dollar –, les investisseurs ne s'intéressent plus au franc, qui est relégué au rang de monnaie secondaire?

– Cela signifie que, dans un marché des changes flottants, le franc suisse se détermine en fonction d'éléments fondamentaux et non spéculatifs, ce qui constitue une bonne nouvelle.

– Au début de l'année prochaine, les Européens passeront concrètement à l'euro. Cela aura-t-il une répercussion sur le franc suisse?

– C'est le marché des changes qui définit le prix d'une monnaie, non les billets de banque. Le passage à l'euro changera peut-être l'atmosphère en Europe, car il s'agira d'un point de non-retour. Cela renforcera-t-il la confiance dans l'euro? Peut-être, mais je ne pense pas que la relation entre le franc suisse et l'euro sera modifiée.

– Au moment de la conversion des monnaies nationales en euros, on verra sans doute apparaître des bas de laine non déclarés qui pourraient, pour ne pas être dévoilés, être changés en francs suisses…

– Pour l'instant, les chiffres ne nous indiquent pas une demande anormale de coupures suisses.

– Les Suisses se prononceront le 4 mars sur l'initiative «Oui à l'Europe!». Si le oui l'emportait et que la Suisse adhérait rapidement à l'Europe, quelles en seraient les conséquences?

– Nous perdrions notre identité monétaire et devrions aligner nos taux d'intérêt sur ceux de l'Europe, qui sont plus élevés.