Mike O'Dwyer est un homme heureux. Depuis les attentats du 11 septembre, les affaires de l'inventeur australien du pistolet le plus rapide de la planète ne se sont jamais aussi bien portées. Le cours des actions de sa société, baptisée Metal Storm («tempête de métal»), a augmenté de 36% le jour de son introduction au Nasdaq à New York, mercredi 12 décembre. Et ces trois derniers mois, la valeur du titre à la Bourse de Sydney a plus que doublé.

Mike O'Dwyer est parvenu à séduire les investisseurs sans avoir vendu un seul de ses pistolets. Le premier modèle expérimental mis au point par ce «professeur Trouvetout», qui a notamment créé un gadget permettant à un réfrigérateur de distribuer des canettes de bière fraîche, est capable de tirer plus de 16 500 balles à la seconde. Un record mondial inscrit dans le Guinness Book. «Les récents évènements aux Etats-Unis ont créé toute une série de défis pour les spécialistes de la défense, souligne Peter Wetzig, le directeur commercial de cette PME de sept employés. Notre pistolet peut tirer de minuscules sacs qui font tomber à terre l'ennemi sans pénétrer son corps. Ce détail est très important car dans un avion, il est impossible d'utiliser des balles réelles qui peuvent percer le fuselage de l'appareil. Notre revolver ne peut également être utilisé que par son propriétaire. A bord d'un vol commercial, seul le shérif de l'air pourrait se servir de notre arme, pas les méchants.»

Pour fonctionner, ce pistolet doit en effet avoir reconnu son possesseur grâce à ses empreintes digitales, à un code secret ou à une carte à puce. Ce système électronique contenu dans la crosse du revolver contrôle également la visée de la cible et la cadence de feu. Mike O'Dwyer a mis plus de vingt ans à perfectionner le premier pistolet au monde qui ne contient aucun composant mobile en dehors des balles.

Pendant de nombreuses années, les spécialistes militaires n'ont pas pris très au sérieux cet ancien directeur de supermarché. L'ancien chef des forces spéciales de l'armée américaine, le général Wayne Downing, avait même qualifié l'inventeur australien de «certainement fou» après avoir essayé son premier prototype. Ce haut gradé semble avoir changé d'avis, car il fait désormais partie du conseil d'administration de Metal Storm. Il a aussi convaincu l'an dernier James Kimsey, le fondateur du plus important portail d'accès à la Toile au monde, America Online, d'investir un million de dollars dans cette PME.

«Mur de métal»

La société australienne intéresse de plus en plus les experts militaires. L'Agence pour les projets de recherche avancée de l'armée des Etats-Unis (DARPA) et l'Organisation pour la science et la technologie de la défense australienne (DSTO) ont accordé à l'entreprise de Mike O'Dwyer un budget de recherche de près de 400 millions de francs. Les Américains aimeraient savoir si cette nouvelle technologie peut être utilisée dans un fusil destiné aux tireurs d'élite. La cadence de tir extrêmement élevée de ces armes à feu pourrait également créer un «mur de métal» autour de certains bâtiments vulnérables comme des navires de guerre. Les Australiens souhaiteraient pour leur part se doter d'un mortier capable de lancer des grenades à la même cadence qu'un fusil-mitrailleur.

Le potentiel de développement de Metal Storm, qui devrait mettre au point ses premiers prototypes définitifs d'ici deux à trois ans, semble important. Mike O'Dwyer passe déjà près de la moitié de son temps aux Etats-Unis. Les récents attentats terroristes «pourraient nous amener à transférer notre siège social à Washington dès l'année prochaine», révèle Peter Wetzig. Durant les périodes de crise, les marchands d'armes font des affaires…