Finance durable

L’investissement d’impact rime avec innovation

La microfinance produit les premières preuves tangibles que l’innovation en matière de structuration financière peut être au bénéfice des investisseurs les plus exigeants tout en créant un impact social

Il y a quelques années encore, l’idée de générer des rendements financiers tout en créant un impact social positif constituait une nouveauté dans le domaine de l’investissement. Aujourd’hui, un nombre croissant de fonds dits «d’impact» ont réussi ce pari, et la réputation de ce secteur n’est plus à faire. Dans le sillage du succès des fonds en microfinance et en commerce équitable, de nombreux fonds d’impact sectoriels voient le jour afin de financer l’accès à la santé, à l’éducation et aux technologies propres. Or, la vraie innovation va au-delà d’un univers d’investissement en constante expansion. Ce qui attire aujourd’hui des investisseurs parmi les plus sophistiqués, c’est une offre de produits sur mesure ciblant les besoins spécifiques de différents segments de clientèle.

Pour répondre à cette demande, une solution s’impose: proposer des solutions d’investissement personnalisées. Si la réputation des gérants d’investissement en microfinance s’est construite notamment à travers des fonds de placement ouverts aussi bien aux privés qu’aux institutionnels depuis une dizaine d’années, une part importante de la croissance des actifs sous gestion a été réalisée depuis quelques années dans le domaine des mandats dédiés.

Certes, le caractère diversifié d’un produit phare investissant dans des institutions de microfinance dans plus de 40 pays continue à séduire des investisseurs à la recherche d’une exposition globale à risque maîtrisé. Un fonds de placement commun, enregistré et autorisé à la vente dans plusieurs pays, offre la facilité d’accès à tous ceux qui investissent dans cette classe d’actifs pour la première fois.

En revanche, un nombre croissant d’investisseurs ne se contentent plus uniquement d’une offre standardisée. Forts d’une première expérience d’investissement en microfinance, ils cherchent aujourd’hui à privilégier une région géographique par rapport à d’autres, à investir dans des institutions de microfinance de grande taille plutôt que dans des start-up, ou à atteindre un profil de rendement/risque propre à leur allocation d’actifs globale et en adéquation avec l’horizon temps de leurs engagements. Ils reconnaissent qu’un placement en dette senior auprès d’une institution solide dans un pays en Amérique latine n’est guère comparable à un prêt subordonné octroyé à une institution de plus petite taille en Asie de l’Est, ni en termes financiers ni en matière d’impact social. Si l’on ajoute finalement la différentiation entre placements en monnaies fortes et en monnaies locales, c’est-à-dire frontières, il ressort que l’investissement en microfinance comprend, à l’heure actuelle, des sous-classes d’actifs de plus en plus différenciées qui peuvent servir de modules pour construire des portefeuilles sur mesure. Par conséquent, le nombre de mandats dédiés pour le compte de family offices, gérants privés et fonds de pension est en constante augmentation.

Dans ce domaine où les rendements financiers se conjuguent à l’impact social, des investisseurs publics jouent un rôle important de catalyseurs. Dotés de capitaux importants pour accomplir leur mission de développement, des institutions financières internationales sont à l’origine des partenariats privés-publics, fonds de placement à fort attrait pour les investisseurs institutionnels. Conscients des besoins importants de financement, mais également du risque parfois élevé de l’investissement en microfinance dans des régions ou institutions peu développées, des acteurs tels que l’IFC, KfW ou autres ont la confiance des gouvernements nécessaire pour jouer les intermédiaires entre le monde du développement et celui de la finance et créer l’accès au capital de risque nécessaire pour repousser les frontières traditionnelles de l’inclusion financière. Afin de servir de nouvelles populations jusqu’à présent exclues de services financiers, ils mobilisent des fonds gouvernementaux pour alimenter la tranche dite «junior» de ces fonds à étages. Si cette classe d’actions d’un fonds porte également le nom de «first loss», c’est parce qu’elle est subordonnée à toutes autres classes d’actions dans la rémunération, le bailleur de fonds public acceptant même d’absorber d’éventuelles pertes.

Fidèle à son objectif prioritaire de développement humain et social, un organisme étatique peut accepter un rapport rendement/risque financier différent de celui dont a besoin un investisseur privé ou institutionnel. Ce dernier, en revanche, a la possibilité d’investir dans une tranche dite «senior» du même fonds de placement, contribuant ainsi au même but de développement durable tout en obtenant un rendement ajusté au risque selon les normes des marchés de capitaux, à savoir supérieur à celui de la tranche junior. Les banques de développement finalement, au-delà de leur rôle d’intermédiaires, investissent dans une tranche «mezzanine» dont le profil de rendement/risque se situe entre les classes d’actions «junior» et «senior». Paradoxe, selon la théorie moderne du portefeuille? Certes, mais un paradoxe qui bénéficie autant aux institutions avec des objectifs du développement à long terme qu’à celles pour qui l’atteinte de rendements ajustés au risque est un devoir fiduciaire de tous les jours.

L’innovation dans le domaine de l’investissement à impact est loin d’être terminée et, à travers des solutions d’investissement sur mesure, la microfinance produit les premières preuves tangibles que l’innovation en matière de structuration financière peut être au bénéfice des investisseurs les plus exigeants tout en créant un impact social.

* Chief Executive Officer, BlueOrchard Finance SA

Un organisme étatique peut accepter un rapport rendement/risque financier différent

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