Monsieur le Ministre,

Constatant la naissance erratique des entreprises en Suisse occidentale, je me permets de vous proposer, vous qui êtes à la pointe des développements de microéconomie, la réalisation d'une «société de connivence» entre services privés et publics, susceptible de décloisonner les chapelles et de stimuler de manière plus effective, en nanoéconomie, la création de revenus et d'emplois.

Le développement durable d'une communauté, de 10 000, de 100 000 ou de plusieurs millions d'habitants, est conditionné par l'existence de trois composantes: une culture largement assimilée, un système politique consensuel, une économie capable de s'adapter aux besoins de mieux-être de la société. L'économie, objet de cet appel, s'appuie, pour remplir sa mission, sur les officines d'Etat pour les services publics, sur la grande masse des entreprises privées de production, actives et battantes, et enfin sur ces gens pointus, entrepreneurs en démarrage, qui s'efforcent, grâce à une percutante volonté, à une épargne initiale et à une compétence innovante, d'armer leur propre navire, de le lancer et de le placer sur les marchés.

Les entreprises d'Etat ont des missions déterminées et se structurent – souvent ô combien fortement – pour les affronter. Les entreprises existantes s'activent sur un marché nerveux mais aux règles connues et avec des instruments organisés. Pour la troisième catégorie, celle des jeunes pousses naissantes et des microentreprises de moins de 10 salariés, les encoubles bureaucratiques sont pléthores, et leur financement – car ça coûte, l'accès aux marchés – reste pour elles une préoccupation et souvent un cauchemar. C'est pourtant d'elles que jaillira un développement durable de la région.

L'éradication du chômage, la création de places d'apprentissages, l'incitation fiscale des investisseurs, sont parmi les problématiques à gérer en «sociétés de connivence» par ces entités où administration publique, entrepreneuriat, et forces civiles et sociales s'emploient en commun à leur résolution.

Plusieurs organismes privés, publics et universitaires, en particulier votre Promotion économique cantonale, se sont efforcés, dès 1995, d'équiper le terrain de la microéconomie, fournissant formations et conseils facilitant la germination des idées, analysant l'approche des marchés. Genilem, par exemple, a célébré 10 ans d'activité, quelque 150 projets mis sur pied et un millier d'emplois. Pas de véritable connivence, pas de plan commun, mais une certaine émulation.

Devant la multiplicité de ces moyens, il devint nécessaire, après les premières années d'éclosion, d'évaluer les résultats de tant d'initiatives et de tenter d'en améliorer, parfois d'en simplifier, souvent d'en coordonner le fonctionnement. Vos services, Monsieur le Ministre, s'y sont attaqués au cours de ces derniers mois et ont regroupé généralement sous un «chapeau central» l'ensemble des postes de développement endogènes. Tant à Genève, qu'en terres vaudoises, que dans l'Arc jurassien, qu'à Fribourg ou encore en Valais, un souffle réorganisateur secoue aujourd'hui l'organigramme public de micro économie les forces sont regroupées et réajustées (ça va si fort que ça menacerait parfois même de tourner en usine à gaz).

Deux grands absents toutefois sont généralement restés occultés dans les programmes des Développements économiques cantonaux et dans ceux du Secrétariat à l'économie fédéral.

En premier lieu, on ne joue pas franchement la carte de la région, bassin créatif et global de la Suisse occidentale. Le potentiel régional est oublié, lui qui évite la petitesse chétive et permet à un projet de prendre de l'ampleur, à l'aventure d'être partagée, aux risques d'être mieux répartis. Pas d'union, qui pourtant fait la force!

En second lieu, absence pénalisante, la relégation des privés! On range volontiers, leur ayant coupé un peu les ailes, les organismes privés dans l'arrière-cour. L'apport financier, mais surtout celui de compétences des entreprises, de leurs fédérations ou encore des Chambres de commerce, s'en retrouvent atrophiés. On se regarde un peu en chiens de faïences et on s'évite entre entrepreneur et cadre fonctionnaire. Comme si on redoutait de mettre en commun des fulgurances spécifiques, celle de l'Etat, organisatrice, et celle des privés, innovante et exubérante. A l'extrême, les organismes privés, s'ils étaient phagocytés dans un Guichet cantonal Central et Unifié, comme le risque existe pour Fri-Up à Fribourg, pour Créapole dans le Jura, pour CCF en Valais, ne pourraient plus, en apnée, proposer qu'un programme tronqué de leurs activités.

Quand le politique se coupe de ses congénères, économiques ou civiques, la société tout entière court à des ruptures affaiblissantes. L'Etat, qui à ce jour est aux avants-postes de la création d'entreprises, devrait ainsi sans délais inventer, avec ses partenaires, une «société de connivence», nouvelle politique participative de nos communautés. L'économie libérale doit s'inventer tous les jours. Votre département, Monsieur le Ministre, peut être le moteur de ce mouvement: connivence plutôt que vase clos, flexibilité intelligente plutôt que procédures figées.

Le but de cet appel est, pour l'acteur privé, de dessiner, avec vos services, le fonctionnement actif d'un «véhicule de connivence» pour le développement de la nanoéconomie; non pas de façon solitaire et prétentieuse mais avec autonomie dans un cadre global; non comme un simple «logo» dans les produits publics offerts mais comme un partenaire débridé, inventif et rassembleur.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le conseiller d'Etat, à l'expression de mes sentiments distingués.