L'invité. Crise financière: ne pas se tromper de diagnostic!

L'invité.

Faute d'avoir été géré correctement par une banque centrale responsable, le dollar a vu sa valeur progressivement s'effondrer contre la plupart des autres monnaies nationales qui ne sont plus reliées à lui par des taux de change fixes. Son pouvoir d'achat a suivi le même chemin par rapport à l'or que par rapport à l'indice américain des prix à la consommation. Une pyramide toujours plus considérable de dettes gagées sur le néant a pu s'édifier (tant au niveau des Etats que des agents économiques privés) produisant dérapages budgétaires et bulles spéculatives de toutes sortes.

Toutes ces crises ne sont pas provoquées par le libéralisme mais «par les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales», ainsi que l'écrivait Ludwig von Mises. Pourquoi? Parce que, comme le dit si bien Maurice Allais: «Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent ne sont pas les mêmes.» En effet, les «politiques monétaires», qui ne visent qu'à créer toujours plus de liquidités artificielles et à maintenir les taux d'intérêt les plus bas possibles - pour le plus grand bénéfice du petit nombre des détenteurs d'actifs boursiers et obligataires volontairement surévalués - au détriment de la lutte contre l'inflation et la hausse des prix - qui atteignent principalement le plus grand nombre -, ne profitent qu'à ceux qui détiennent de la richesse, pas à ceux qui ne vivent que de leur travail. D'autant que les revenus des premiers explosent, par suite de l'appréciation de la valeur de leurs actifs, pendant que les rémunérations des seconds régressent, par suite de la perte de leur pouvoir d'achat, dans un monde marqué par la mondialisation dont la caractéristique principale réside dans le fait que la création de richesse est dorénavant générée par l'économie financière et non plus par la production de biens réels.

Au lieu de laisser les inévitables baisses d'actifs et contractions de crédit se produire pour repartir ensuite sur des bases assainies; «leurs interventions, comme le remarque Soros, créent des incitations asymétriques connues sous le terme d'aléa moral» qui poussent les institutions financières privées à la prise de risques toujours plus grands, dont elles savent par avance qu'elles seront exonérées des pertes qui pourraient en résulter. Ce qui est la négation même du libéralisme au profit d'un «capitalisme de connivence» financé par l'argent public qui doit être impérativement utilisé à d'autres fins (les besoins collectifs en l'occurrence). La pratique consistant à privatiser les bénéfices (laissant les actionnaires et les banques faire fortune quand les marchés financiers vont bien) mais à socialiser les pertes (obligeant les Etats et les contribuables à payer pour les précédents quand les marchés financiers vont mal) n'est pas admissible! Les risques doivent être assumés par ceux qui les ont pris quelles que puissent en être les conséquences. Et si certains acteurs (agences de notation) n'ont pas respecté les obligations qu'ils avaient contractées, les tribunaux doivent les sanctionner.

La crise actuelle diffère des précédentes parce que la plupart des acteurs étatiques et privés non américains refusent dorénavant d'accumuler toujours plus de dollars en dévaluation perpétuelle, conséquence des déficits exponentiels des Etats-Unis rendus inévitables par leur volonté de vivre constamment au-dessus de leurs moyens. Cette crise ne pourra donc être résolue que par une action internationale de sauvetage du billet vert. Action qui ne pourra se faire sans une réforme radicale du SMI, dans le sens du rétablissement des taux de changes fixes mais ajustables basés sur un étalon réel le plus stable possible qui - actuellement - ne peut être que l'or. Ou bien par la renonciation des Etats à leur privilège indu de monopole monétaire qui permettrait d'instaurer une saine concurrence, la moins faussée possible, entre les monnaies étatiques actuelles et de nouvelles monnaies privées (dont certaines seraient gagées sur l'or), comme le préconisait Friedrich von Hayek.

A moins que les Etats-Unis et les pays européens mettent en place de gigantesques programmes keynésiens de nationalisation - officielle ou déguisée - des acteurs défaillants (cas de Northern Rock et de plusieurs banques allemandes) ou de reprise de leurs actifs évanescents (cas de Bear Stearns). Ce qui consacrerait la fin du libéralisme au profit d'une sorte de «socialisme de marché» ayant déjà échoué dans le passé. Et que le protectionnisme revienne en force, alors qu'une mondialisation équilibrée dans la stabilité monétaire retrouvée est le seul moyen de sortir de la misère plus de la moitié des êtres humains qui vivent encore avec moins de deux dollars par jour. Sans compter le risque d'une cassure irréparable entre l'Asie chinoise et certains pays émergents en cours de décollage, d'une part, et la zone américano-européenne en voie de régression économique, d'autre part. Tout cela pouvant se terminer par des conflits régionaux voire une déflagration mondiale, puisque les pays et les populations accédant - au prix d'immenses efforts - au développement et à la richesse ne les laisseront pas confisquer à leur détriment par les Etats-Unis et l'Europe, associés pour le pire dans une ultime crispation égoïste visant à tenter de perpétuer leurs privilèges dépassés. A un moindre degré, ceux qui pensent que les «fonds souverains» asiatiques, arabes ou autres, continueront de renflouer les vieilles stars de l'économie percluses de dettes irrécupérables dès qu'ils réaliseront qu'ils courent le risque d'y perdre leur fortune, se trompent lourdement.

On doit tirer tous les enseignements de la crise actuelle mais pas en la colmatant artificiellement par de nouvelles manipulations à courte vue qui, au fond, ne résoudront rien. On ne combat pas une overdose de crédit, ayant débouché sur une crise de solvabilité de l'ensemble des institutions financières occidentales, par une autre plus grande encore, qui provoquera l'explosion des marchés des matières premières déjà à leurs records historiques, sans du tout restituer à ces institutions la valeur définitivement évanouie de leurs actifs. A défaut d'une concertation internationale des membres du G8 pour sortir des errements économiques, monétaires et politiques, du passé récent et du présent, en mettant un terme aux «politiques monétaires» des banques centrales pour les remplacer par de nouveaux équilibres adaptés à la mondialisation, aucun système de liberté ne pourra subsister, puisque l'on conviendra avec Milton Friedman que «la combinaison du pouvoir économique et politique dans les mêmes mains est une recette assurée pour la tyrannie!»

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