A la prochaine assemblée générale des actionnaires de UBS, demain 19 avril, une femme, Gabrielle Kaufmann-Kohler, et un citoyen allemand, Jörg Wolle, seront proposés à l'élection au conseil d'administration.

Par leurs compétences – l'arbitrage international pour la juriste Gabrielle Kaufmann-Kohler, et la connaissance de l'Asie pour Jörg Wolle – les deux candidats apportent une diversité accrue au sein de cet organe.

Le conseil d'administration de UBS comptera 11 hommes et 1 femme; 8 citoyens helvétiques, 1 Britannique, 1 Américain et 1 Allemand; l'âge s'échelonne entre 41 ans pour Ernesto Bertarelli et 66 ans pour Lawrence A. Weinbach et rajeunit de deux ans; la culture d'entreprise des membres est essentiellement tournée vers la Suisse alémanique (pour 5 d'entre eux) avec des ouvertures vers l'Italie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et l'Asie, (Wolle connaît l'Inde, la Chine et Hongkong pour y avoir travaillé), ainsi que vers l'Amérique latine avec les missions de Peter R. Voser en Argentine et au Chili. Les branches économiques sont bien représentées (Meyer et Bertarelli, pharma et biotechnologies, Spuhler et Panke, industrie, rail et automobile, Kaufmann, aspects juridiques, Wolle, commerce international, Winbach et Panke, informatique).

Le conseil d'administration compte ainsi quatre économistes, trois financiers, un juriste et trois scientifiques.

Il semble aller de soi que la diversité est souhaitable dans un conseil d'administration. Des études liées à la représentation féminine et publiées aux Etats-Unis1 montreraient que les entreprises qui prêtent attention à la diversité constatent une amélioration de leurs performances, sans que le lien de cause à effet ait encore été démontré. La présence de femmes augmente la vision stratégique, accroît la diversité des points de vue, génère des discussions productives et envoie un signal positif aux actionnaires, au personnel de la firme et au public en général. Et la globalisation commande une adaptation aux marchés porteurs, l'Asie en particulier.

Cependant, les situations diffèrent considérablement selon les pays. Aux Etats-Unis où toute forme de discrimination doit être absolument évitée, la question de la diversité de sexe, d'origine et de race revêt une grande importance mais reste sur un plan national américain.

Une étude de l'Institut Egon Zehnder International consacrée à la présence féminine dans les conseils d'administration 2 documente également la diversité internationale. Elle fait le compte des non-nationaux dans les conseils d'administration des pays européens, et la Suisse, avec 32%, vient au deuxième rang après les Pays-Bas (38%) et juste avant la Grande-Bretagne (31%). La Norvège, le Danemark et l'Espagne viennent en queue de peloton avec 5 à 2%. Parmi les non-nationaux, 24% sont citoyens américains, 11% allemands, 10% britanniques et 11% citoyens du Commonwealth, Canada, Australie ou Afrique du Sud.

Les 26 sociétés cotées au Swiss Market Index comptent 115 non-nationaux sur un total de 256 3 dont une trentaine d'Allemands, suivis par les Américains (26), les Britanniques (18) et les Français (13). Les autres nationalités européennes: Autrichiens, Italiens, Néerlandais ou Suédois, sont présentes principalement en raison de l'histoire de la firme, de son implantation géographique ou du jeu des fusions.

Il est remarquable que malgré la présence de ces sociétés dans le monde entier, ou de l'importance des marchés asiatiques par exemple, seule Nestlé compte un Japonais dans son conseil d'administration, les autres se contentant au maximum de nommer des administrateurs ayant une expérience en Asie ou en Amérique latine.

Quant à la diversité au niveau de la participation féminine, sur les mêmes 26 sociétés, 12 conseils d'administration comptent une femme dans leurs rangs et 4 en comptent deux (20 sur un total de 256 membres), ce qui montre une timide progression, mais est encore bien loin de la parité! Aux Etats-Unis, le recensement 2005 de l'organisation américaine Catalyst4 note qu'avec 14,7% de femmes dans les conseils d'administration des 500 entreprises notées par Fortune et une progression de 0,5% par année depuis 1995, il faudra encore 70 ans pour que la parité homme-femme soit atteinte.

Ni le Code suisse de bonne pratique d'economiesuisse ni la Directive SWX n'accordent le moindre paragraphe à la question de la diversité dans le choix des membres des conseils d'administration. Tout juste y mentionne-t-on que «la composition du conseil d'administration doit être équilibrée». On peut escompter que le vent qui souffle d'Amérique, même si la question de la diversité y relève principalement du «politiquement correct», et la pression des pays émergeants mettra cette préoccupation à l'ordre du jour.

Concluons avec Ilene H. Lang, la présidente de Catalyst : «La globalisation croissante et les changements démographiques obligent les compagnies du XXIe siècle à ne pas ignorer que la diversité et l'avancement des femmes dans les conseils d'administration sont des impératifs économiques stratégiques.»

1 Carolyn K. Brancato et D.J. Patterson: «Board Diversity in U.S. Corporations: Best Practices for broadening the profile of Corporate Boards», New York: The Conference Board of Canada.

2 «Women on European boards: new survey reveals north-south divide », Christopher W. Thomas, Egon Zehnder International, Paris and Melbourne, March and April 2004.

3 Ces chiffres peuvent subir une variation, des firmes n'ayant pas tenu leur AG annuelle et des membres faisant partie de plusieurs CA.