Comme tous les ans, se réunissaient en Suisse, au Forum économique mondial de Davos, les plus éminents décideurs politiques, acteurs économiques, faiseurs d'opinion et chercheurs de la planète pour débattre des grands problèmes contemporains.

Cette année, le thème principal qui s'est dégagé porte sur la rivalité entre la Chine et l'Inde, qui sera le prochain facteur important de l'économie mondiale.

Depuis 2003, date où nous avions commencé à souligner leur extraordinaire potentiel de croissance à long terme, ces deux pays ont dépassé toutes nos hypothèses. Ils tendent vers ce potentiel à long terme plus vite encore que nous ne le prévoyions à l'époque. Néanmoins, s'il nous fallait choisir objectivement entre les deux, ce serait la Chine plutôt que l'Inde qui, à l'heure actuelle, nous semblerait légèrement mieux placée pour réaliser son potentiel.

Nous prévoyons aujourd'hui que la Chine serait en mesure de dépasser les Etats-Unis d'ici à 2035, soit six ans plus tôt que nous ne l'envisagions en 2003, et que l'Inde pourrait vers la même époque dépasser le Japon. Si ni la Chine ni l'Inde ne devraient voir d'ici à cette date leur PIB par habitant atteindre les niveaux du Japon ou des Etats-Unis, leur contribution à la demande mondiale devrait néanmoins continuer à croître. La consommation évoluera vraisemblablement dans ces deux pays en fonction de l'augmentation du revenu par habitant, ce qui laisse présager que les pays BRIC aborderont sous peu une nouvelle étape d'investissements.

Sur la même période, d'autres secteurs d'investissement, notamment les matières premières, les marchés d'actions nationaux des deux pays considérés ainsi que les devises locales, devraient se maintenir.

Dans ce qui suit, nous entendons comparer les perspectives en Chine et en Inde. Depuis 2003, date où nous avions commencé à souligner leur extraordinaire potentiel de croissance à long terme, ces deux pays ont dépassé toutes nos hypothèses. Ils tendent vers ce potentiel à long terme plus vite encore que nous ne le prévoyions à l'époque. Sur notre «Growth Environment Score» (Indice de l'environnement de la croissance, ou GES), qui intègre treize variables qui sont à notre sens des déterminants essentiels de la croissance économique, l'Inde est nettement devancée par la Chine. L'Empire du Milieu la devance même dans des domaines tels que l'éducation, alors que l'opinion répandue laisserait plutôt entendre l'inverse.

Nous partageons le point de vue qui s'est globalement dégagé à Davos, à savoir que les deux pays devraient continuer d'apporter une contribution significative à la croissance du PIB mondial, et devraient à eux deux atténuer l'impact d'un ralentissement de la demande intérieure aux Etats-Unis si ce dernier venait à se produire. Néanmoins, n'oublions pas que Davos tend malheureusement à vulgariser des thèmes économiques déjà en vogue au lieu de dégager les thèmes émergents. C'est pourquoi, du point de vue de l'investissement boursier tout au moins, le fait que la performance des marchés des actions A et B en Chine début 2006 soit légèrement meilleure que celle des marchés d'actions indiens pourrait s'avérer plus significatif que l'opinion qui se dégageait à Davos, où l'on semblait bien plus optimiste pour l'Inde que pour la Chine.

Si la croissance de tous les pays BRIC a dépassé nos hypothèses depuis nos travaux de 2003, nous sommes néanmoins convaincus que les participants de Davos ont eu raison de mettre l'accent sur la Chine et l'Inde, du fait notamment que ces deux pays ont eu un impact considérable sur la croissance mondiale ces dernières années.

Sur la période 2000-2004, les Etats-Unis ont contribué à hauteur de 39% au montant total de la demande intérieure mondiale (voir diagramme ci-dessous). Ce que l'on sait peut-être moins, c'est que les pays BRIC ont contribué quasiment à la même hauteur: près de 34% d'après nos calculs. La contribution de la Chine est de loin la plus élevée, mais l'Inde apporte une contribution non négligeable, tout comme la Russie. Un taux de croissance soutenu au rythme de ces dernières années permettrait tant à la Chine qu'à l'Inde de tenir une place de premier plan dans la croissance mondiale et d'atténuer l'impact d'un éventuel ralentissement américain.

Pour les investisseurs et les entreprises mais pour nous tous également, il ne faut pas surestimer l'importance qu'aurait un tel ralentissement. Actuellement, les Etats-Unis représentent près de 30% de l'économie mondiale. Si la croissance de la consommation aux Etats-Unis venait à passer de quelque 3,6% en 2005 à environ 2,5% en 2006, la demande intérieure mondiale resterait stable — à condition néanmoins que la Chine et l'Inde poursuivent leur croissance au rythme actuel et que le Japon et l'Europe fassent preuve de la reprise modeste que laissent entrevoir les indicateurs récents.

Naturellement, au cas où le ralentissement de la demande américaine se ferait à un rythme plus rapide que prévu, la demande et la croissance mondiales en subiraient les répercussions négatives. Mais si un ralentissement aussi brutal venait à se manifester, les autorités américaines ne tarderaient vraisemblablement pas à réviser rapidement leur politique économique en conséquence.

Dans un contexte de croissance vigoureuse en Chine et au Japon, outre la reprise japonaise et les signes encourageants en Europe (notamment en Allemagne), un ralentissement modéré de la demande intérieure aux Etats-Unis est souhaitable à certains égards, tant pour compenser le risque d'inflation que comporte une croissance mondiale excessive que pour garantir un environnement qui permette à la balance américaine des comptes courants de se stabiliser.

Demain: La Chine devance l'Inde, sauf dans la lutte

contre la corruption et la solidité du droit.