Le marché, la technique et la science imposent une profonde transformation de nos conditions de vie et de travail: les champs professionnels s'interpénètrent, les conditions de travail s'érodent. Impossible de fermer l'œil sur une tendance à l'engagement d'un personnel toujours plus qualifié.

Les défis du changement sont à prendre très au sérieux face à l'imposition d'un modèle qui voudrait réduire les sécurités institutionnelles et les garanties publiques et obliger chaque individu à faire face à ses responsabilités. Il est donc impératif de se poser la question: est-ce que dans ce pays chacun est bien préparé et suffisamment formé, s'il dispose des compétences de base (lecture, écriture, calcul, solution de problèmes quotidiens) qui permettent d'agir de façon responsable, de se développer et de participer à l'élaboration de la société.

Avec l'attribution de diplômes, le système de formation distribue des bons d'entrée sur le marché du travail et en partie également des justifications. Ce sont eux qui offrent à chacun la possibilité de prendre pied dans le monde du travail, d'améliorer ses qualifications à travers la formation permanente et d'organiser sa carrière professionnelle. Les opportunités professionnelles dépendent donc en bonne partie des diplômes. Dès lors, on qualifie de faiblement diplômés les groupes de personnes qui n'ont pas le degré secondaire II ou au-dessus, selon les catégories établies par l'Office fédéral de la statistique.

Un regard sur les statistiques montre qu'en 2005 la part des faiblement diplômés au sein de la population des 25-64 ans atteint 18%. Parmi les plus jeunes (25-34 ans), elle n'est que de 13% et pour les plus âgés (55-64 ans) d'environ 25%. Les plus jeunes sont mieux formés. En même temps, le fait que le temps passé dans le système soit toujours plus long montre que l'investissement en temps et en argent ne cesse de croître pour finalement n'arriver qu'à un maigre résultat. Le passage du niveau secondaire I (fin de l'école obligatoire) au niveau secondaire II (formation professionnelle ou maturité) s'avère très difficile. Environ un quart des jeunes quittent le système après l'école obligatoire, avec une solution intermédiaire et des perspectives incertaines.

La pauvreté des compétences se distingue de la pauvreté des diplômes, mais ensemble toutes deux participent de la pauvreté de la formation. Par compétences, nous entendons la capacité, dans un domaine précis, de remplir des tâches complexes avec succès. Nous regarderons ci-dessous uniquement l'aspect lecture parce qu'elle joue un rôle central dans la vie quotidienne. Dans l'étude PISA, les compétences en lecture des élèves de Suisse de 15 ans ont été analysées. Cinq niveaux ont été définis. Les jeunes qui arrivent au plus bas niveau sont dits pauvres en compétences. Ils n'ont ni le savoir ni la capacité nécessaires à une participation minimale permettant de mener sa vie de façon autonome.

La Suisse appartient aux pays de l'OCDE dont les élèves disposent de compétences moyennes en lecture. De plus, à la fin de l'école obligatoire, 20% des élèves ne peuvent lire des textes simples ni les interpréter. Ce qui nous paraît plus significatif encore, c'est l'énorme écart des compétences au sein de la population, par rapport à la France ou à la Finlande.

Dans notre pays, 16% des 15 à 65 ans sont qualifiés de pauvres en termes de compétences en lecture (capacité de lecture et de compréhension), selon les études internationales. Et les écarts entre les régions linguistiques et entre nationaux et immigrés sont considérables.

Cette pauvreté des adultes en diplômes et en compétences au terme du niveau secondaire II ne serait pas problématique si les déficits pouvaient être éliminés par la suite avec une solide formation continue. Mais ce n'est pas le cas. Plus de la moitié des adultes ne participent jamais à des cours de formation continue. Le principe est le suivant: celui qui est le mieux formé apprendra le plus dans des cours de formation continue. Rien n'indique que les approches actuelles destinées à compenser cette situation arrivent à des conclusions satisfaisantes. C'est vrai pour le procédé de reconnaissance des compétences qui ne sont pas formellement acquises et de l'approche qui suppose un financement par la demande (par exemple à travers l'octroi de bons de formation à des milieux défavorisés).

La pauvreté d'une formation a de nombreuses causes que je ne tiens pas à expliquer ici. Mais, dans le cadre de la marge de manœuvre d'une politique de formation, certains points sont à souligner. 1. Comme il n'est pas possible durant l'école obligatoire de transmettre les compétences de base qui permette d'organiser soi-même ses activités professionnelles et quotidiennes, il s'agit de définir les standards des diverses compétences et de les mettre en œuvre afin d'atteindre les objectifs désirés. 2. Le niveau secondaire de la plupart des cantons est très sélectif et conduit, en comparaison internationale, à une répartition précoce des enfants dans les différents canaux de formation. Les enfants issus de milieux défavorisés sont désavantagés, les attentes et ambitions des élèves pour leur carrière et leur vie professionnelle sont immédiatement structurées avec le placement dans les divers canaux de formation. Celui qui ne participe qu'à l'école obligatoire n'a aucune chance de réussir dans le secteur financier. La présélection qui se produit au niveau secondaire I aura donc un impact durable. Elle détermine clairement les possibilités des élèves dans le passage en formation professionnelle ou la formation générale durant le niveau secondaire II. Car la formation professionnelle est elle-même très segmentée. Les exigences sont très diverses: une formation commerciale dans le secteur bancaire est nettement plus élevée que dans le nettoyage. Dans l'ensemble de la formation, entre le point d'entrée au niveau secondaire I et le passage au niveau II, on observe des désavantages qui ne viennent pas de la prestation. 2. Ce sont les jeunes étrangers, en particulier les filles de la première génération, qui sont le plus pénalisées. En général, cette présélection forcée et structurelle conduit à un développement insuffisant des dons des jeunes gens. Ce qui est problématique pour les personnes touchées et pour la société. D'une part, le niveau secondaire I devrait être simplifié, d'autre part le suivi individuel des personnes en formation doit être renforcé. 3. Il n'est pas possible de compenser par la formation continue les déficits précédents. Au siècle de l'économie du savoir, ce ne peut être satisfaisant. Ces défauts ne peuvent être levés que si l'Etat s'engage résolument pour la formation continue. Il doit garantir que ses habitants disposent des compétences de base nécessaires.

A l'évidence, la politique de formation atteint ses limites et particulièrement sur deux points. Les priorités doivent dès lors être posées comme suit: encouragement à la population la moins formée et orientation de la formation continue davantage en faveur de celle-ci.