Certains des plus brillants esprits de notre époque se consacrent à l'analyse économique et s'efforcent de prévoir l'évolution des marchés boursiers. Pourtant, de crise en crise, force est de constater le caractère pour le moins aléatoire de ces prévisions. En l'occurrence, il ne s'agit pas d'être ironique, mais lucide...

En 1996, Alan Greenspan, alors président de la Réserve fédérale américaine, a prononcé un avertissement resté célèbre: «Comment pouvons-nous savoir à quel moment l'exubérance irrationnelle fait grimper de façon excessive les valeurs des actifs, qui deviennent alors sujettes à des contractions inattendues et prolongées, comme ce fut le cas au Japon durant la décennie précédente?» Voilà une interrogation honnête. Car, en vérité, nous ne savons pas. Et nous ne saurons jamais. Gardez cela en mémoire lorsque vous lirez des prévisions d'experts qui résonnent comme des certitudes. En effet, il y a peu de chance qu'ils en sachent davantage que le président de la Fed.

Au-delà des aléas du court terme, en cette période de désarroi, si cela peut vous être utile, voici dix règles d'or que je me suis forgées au long de ma carrière de banquier.

1. A long terme, les indices boursiers sont toujours en hausse et, surtout, ils surperforment toutes les autres classes d'actifs. Un investisseur à long terme doit donc investir en actions.

2. Les bourses connaissent plus souvent des chutes brutales qu'une hausse soudaine. Mais ces deux mouvements sont aussi imprévisibles l'un que l'autre. En conséquence, évitez de trop fréquents changements tactiques dans votre stratégie. Méfiez-vous de conseils trop précis sur l'évolution des marchés, car cette acuité apparente se fonde souvent sur des hypothèses fort imprécises.

3. Le fait que le marché des actions soit étroitement lié à celui des obligations est tout sauf une coïncidence. Il faut donc acheter des actions quand les taux d'intérêts réels sont hauts, mais renoncer à en acheter lorsque ces derniers sont bas.

4. Le marché des actions suit rarement les cycles économiques. Au contraire, il anticipe les évolutions conjoncturelles. Dès lors, la meilleure stratégie a toujours été d'acheter des actions durant une récession, puis de les vendre en phase de boom économique.

5. Les cours des actions fluctuent bien plus fortement que les fondamentaux des entreprises. Il ne faut donc pas trop s'inquiéter face à des fluctuations à court terme. C'est le prix à payer lorsqu'on investit à long terme.

6. Sur dix ans, vous pouvez battre le marché et la plupart des gérants de fonds si vous investissez dans une quarantaine d'entreprises à la valorisation raisonnable, mais qui utilisent leur capital de façon productive.

7. A long terme, les actions dites «de valeur» assurent une meilleure performance que celles dites «de croissance». Optez donc pour un savant mélange entre ces deux catégories.

8. Evitez le stock picking et une rotation trop rapide des titres de votre portefeuille, car quelque 80% de la performance à long terme dépendent de l'allocation des actifs. Investissez de préférence dans des produits indexés qui ne sont pas gérés activement, plutôt que dans des fonds coûteux ou des placements individuels risqués.

9. Les cours boursiers ne s'ajustent pas immédiatement aux informations délivrées par les entreprises. Il est donc judicieux d'utiliser cette inefficience temporaire des marchés. En effet, les bonnes nouvelles produisent bien plus vite leurs effets que les mauvaises, ce qui rend l'averaging down (acheter lorsque les cours reculent) bien plus dangereux que ne le pense la majorité des gens. L'averaging up (achat lorsque les titres montent) est incontestablement la meilleure stratégie.

10. Les marchés haussiers se terminent dans un murmure, jamais dans le tumulte. Et, cela, seulement après que les titres à grosse capitalisation boursière aient repris le leadership aux dépens des petites capitalisations. Les pertes réelles, parfois importantes, surviennent ainsi bien après les renversements de tendance. Vous avez dès lors suffisamment de temps pour vendre, ne paniquez jamais!

Dans le même esprit, attention aux erreurs trop fréquentes, qui peuvent coûter cher...

1. Regarder en arrière plutôt que vers l'avant. Les investisseurs sous-estiment souvent leur horizon-temps.

2. Céder à l'impatience. Les investisseurs effectuent trop de transactions, ce qui les amène souvent à vendre trop tôt. De même, la plupart d'entre eux surestiment leurs capacités à battre le marché.

3. Suivre la foule. Des stratégies différentes, voire contraires à l'avis général, requièrent du courage et de la patience, mais elles s'avèrent très souvent payantes.

4. Préférer investir sur des titres individuels,plutôt que de miser sur une ingénierie prudente de portefeuille et une meilleure diversification des risques.

5. Craindre les pertes! Les investisseurs ne détiennent pas suffisamment d'actions et ont donc tendance à prendre prématurément leurs bénéfices.

6. Favoriser son marché national. Les investisseurs diversifient trop peu ou, pire encore, ils le font de façon erronée.

7. Se ruer sur les actifs liquides et ignorer les actifs moins liquides. Les investisseurs ont trop tendance à investir dans les blue chips plutôt que dans des entreprises plus petites. Or posséder des actions d'un nom connu n'est pas la garantie de gros profits...

8. Investir dans des fonds plutôt qu'en ETFs négociés en bourse. Les gérants développant des stratégies actives ne sont pas nombreux à battre leur indice de référence, alors que les produits passifs - moins coûteux - ont une qualité de performance souvent supérieure.

9. Investir prioritairement dans son propre secteur plutôt que de s'en détourner. Un banquier devrait éviter les actions bancaires!

10. Se montrer trop confiants envers les experts. Et chercher en permanence à conforter ses certitudes plutôt que d'accepter de prendre en considération des avis divergents. Remettez toute certitude en question!