Le premier jour, Dieu créa le ciel et la terre. Ce fut un beau moment, riche en émotions et fort agréable, la réalisation divine ne rencontrant aucune opposition.

Les choses se corsèrent toutefois dès l'instant où Il s'exclama «que la lumière soit!» Les Verts exigèrent que l'énergie utilisée ne soit pas d'origine nucléaire, les syndicats annoncèrent d'entrée de cause que les travailleurs n'accepteraient pas d'être contraints de faire des heures supplémentaires pour faire face à la demande et les autorités proposèrent une table ronde pour débattre du projet. Ce n'est qu'après que Dieu eut expliqué que la lumière proviendrait d'une grande boule de feu et que cela ne provoquerait pas de nuisances qu'il obtint, par dérogation spéciale, le feu vert.

Le second jour, Dieu bénéficia d'un répit, personne ne s'opposant à la création de l'espace entre le ciel et la terre. La situation se dégrada le troisième jour. En effet, Dieu ordonna que les eaux soient répandues sous le ciel et se réunissent dans les mers et, profitant de Son élan, créa les végétaux, les arbres et les fruits.

«Cette création est-elle conforme à l'ordonnance fédérale sur les denrées alimentaires?» voulut savoir un conseiller national, posant une question urgente au Conseil fédéral, alors que l'Union des paysans montait sur ses grands chevaux, exigeant que Dieu fasse appel à la production locale, toute importation de plantes, arbres ou fruits devant être proscrite.

Le lendemain, lorsque Dieu fit apparaître des corps lumineux dans l'espace pour distinguer le jour de la nuit et installa des signaux pour les saisons, les jours et les années, ce fut la protestation!

Le standard de la TSR fut inondé d'appels angoissés de téléspectateurs paniqués par l'apparition d'ovnis et le jour même, M. Blocher lança une initiative populaire demandant que le peuple soit consulté pour l'établissement du calendrier des saisons.

Le cinquième jour ne fut pas plus faste aux projets divins. Il voulait en effet que les eaux fourmillent d'une multitude animée et que des oiseaux volent dans les cieux. Mal lui en pris. Le WWF exigea immédiatement que des mesures soient prises pour répertorier et protéger les diverses espèces, la Fédération des consommateurs réclama l'interdiction de l'élevage en batterie et le Doyen de la Faculté de médecine s'inquiéta publiquement des maladies que pourraient véhiculer ces animaux. Pour couronner le tout, l'armée exigea un statut spécial pour les pigeons «dont l'utilité n'est plus à prouver».

En ce soir du cinquième jour, Dieu fut bien pensif. Le lendemain devait être un grand jour avec la création des autres espèces animales et de l'Homme, qu'Il voulait créer à son image. Or, il venait d'être informé qu'Il lui faudrait tenir compte des délais référendaires et que par ailleurs, la loi sur le travail interdisait toute activité créatrice durant le week-end.

Consultés, les experts du cabinet de consultants Arthur Makinboston estimèrent qu'il faudrait bien un an pour analyser les créations divines et proposer un plan de restructuration visant à les rendre conformes aux normes en vigueur. Dieu ayant dit: «Croissez et multipliez pour peupler la surface de la terre», c'est ce qu'ils firent. Si bien qu'on ne devrait pas s'étonner de voir qu'aujourd'hui, il y a plus de consultants que d'entrepreneurs.

* Porte-parole et membre du Conseil de la Fondation Genève Place Financière.