«La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue…»

Cette antienne sonne aux oreilles des Genevois qui, en dépit de la saison, sentent approcher l'hiver, tout au moins financier. Leurs édiles commencent d'ailleurs à crier famine, mais les fourmis helvétiques ne leur prêtent qu'une oreille distraite. La gauche politique préconise les vieilles recettes: augmenter les impôts des plus fortunés. Mais, dans ce domaine, la marge de manœuvre est toute théorique.

Une récente étude de la Chambre de commerce et d'industrie révèle comment Genève dépense l'argent de ses contribuables, qui sont à la fois parmi les plus riches et les plus ponctionnés de Suisse. Car, à l'inverse des autres cantons à haute fiscalité, Genève bénéficie de conditions plutôt privilégiées: sa capacité financière est forte, notamment grâce à sa place financière fiscalement très rentable.

Certains relèveront que Genève entretient des infrastructures dont profite toute une région et qu'elle joue pour la Suisse un rôle – qui a son prix – de fenêtre sur le monde, mais ceci n'explique qu'une fraction du problème. D'autres allégueront le taux de chômage élevé, mais celui-ci est plus le résultat d'une fiscalité excessive que la cause de la misère financière.

Crûment dit, Genève dépense trop, beaucoup trop. Pour être précis, 15 070 francs par habitants en 1997, soit 51% de plus que la moyenne des autres cantons suisses ou 37% de plus que Zurich dont la puissance économique est bien supérieure.

Pour faire face à ces charges exorbitantes, Genève taxe sans retenue ses habitants: les recettes moyennes par personne atteignent 10 342 francs, soit 72% de plus que la moyenne des autres cantons et 60% de plus que le canton de Vaud. Pour les revenus moyens et élevés, les différences sont très importantes, car Genève est championne de la progression fiscale. La charge fiscale marginale (l'impôt frappant 100 francs de revenu net supplémentaire) y est presque deux fois plus élevée qu'à Lausanne pour un contribuable qui gagne 100 000 francs brut. La fortune n'y est pas traitée de manière plus douce. Les impôts absorbent les deux tiers du rendement d'une fortune de 2 millions placée à 2,5%. Aucun canton ne va plus loin que Genève dans la politique consistant à «faire payer les riches».

Que faire face à ce constat?

• Economiser. Hélas, tel n'est pas le chemin qu'a pris le Conseil d'Etat en achetant à prix d'or la paix sociale avec la fonction publique.

• Ne pas alourdir les impôts, car ceci renforcerait la fuite des contribuables aisés. Mieux vaudrait donc réduire la charge fiscale afin d'attirer ces mêmes contribuables, augmenter ainsi la masse imposable et diminuer l'endettement.

• Compter sur soi-même. Le salut ne viendra pas de Berne et l'espoir de certains de voir se créer un cartel des fiscs cantonaux (qui profiterait aux cantons les plus chers) n'est pas pour demain.

A la fin des «folles années 80», les banquiers privés genevois avaient tiré la sonnette d'alarme sur la situation des finances genevoises. Fort critiqué à l'époque, leur diagnostic était le bon. Mais le traitement appliqué au mal économies trop timides, imposition dissuasive, fuite vers l'endettement – n'a donné aucun résultat. n

*Secrétaire général du Groupement des banquiers privés genevois