Cette question en appelle en fait une autre: quelle est la finalité même de l'entreprise? Les adeptes de la maximisation du profit et les partisans de la sauvegarde de l'emploi ont en la matière des vues radicalement opposées. Les préoccupations des uns et des autres sont-elles inconciliables? Je ne le pense pas. En soi, ces deux approches ont leur raison d'être, même si elles ne tiennent compte que d'un aspect du problème et si elles ne peuvent, à elles seules, justifier une activité économique. La difficulté tient en fait davantage à ce que l'on réduit ces deux notions à de simples formules.

Il est clair qu'une entreprise doit dégager des bénéfices. Mais, le bénéfice n'est pas autre chose qu'un indicateur qui permet de mesurer la performance sur le marché. Il ne peut donc pas être une finalité en soi. La raison d'être d'une entreprise est de générer une plus-value pour le client en lui offrant des produits en adéquation parfaite avec ses besoins. Cela implique pour l'entreprise une gestion optimale de ses ressources. La main-d'œuvre constitue la plus importante d'entre elles, et c'est aussi la plus coûteuse. Or, au sein d'une entreprise, chaque activité n'est pas automatiquement génératrice de plus-value. En conséquence, l'objectif de l'entreprise ne peut être de générer le plus de travail possible, mais une plus-value maximale. En d'autres termes, seule la valeur ajoutée offerte au client permet à l'entreprise de concilier sur le long terme bénéfice et sauvegarde de l'emploi.

Dans un environnement concurrentiel, toute entreprise est confrontée au verdict du marché. Or la mondialisation de l'économie et l'évolution

de la technologie exigent toujours davantage de flexibilité et de productivité. Prenons l'exemple du secteur des télécommunications en Suisse. Depuis la libéralisation, l'an dernier, pas moins de 200 opérateurs se sont implantés sur le marché, lui insufflant un formidable dynamisme. Grande gagnante de cette ouverture, la clientèle profite maintenant d'une offre élargie et de prix plus attrayants. Mais toute médaille a son revers: si la libéralisation a permis la création de plusieurs milliers d'emplois, elle entraîne aussi des suppressions de postes.

De fait, la mutation de Swisscom en une société moderne, compétitive et dynamique a son prix. A cela plusieurs raisons: l'évolution du marché, la pression des coûts, la concentration sur le métier de base et l'amélioration de la productivité combinées à la rationalisation induite par les nouvelles technologies et l'achèvement du réseau de télécommunications. Pour assurer la compétitivité de Swisscom à long terme, nous avons dû nous résoudre à planifier avec nos partenaires sociaux la suppression de 6300 emplois d'ici à la fin de 2001. Aussi froid que puisse paraître ce chiffre, nous sommes bien conscients de ce qu'il implique pour les hommes et les femmes qui, des années durant, ont donné le meilleur d'eux-mêmes à l'entreprise et qui doivent aujourd'hui la quitter.

Conscients de nos responsabilités, nous mettons tout en œuvre pour limiter l'impact de ces réductions d'effectifs. Avec nos partenaires sociaux, nous avons adopté un train de mesures «Perspectives» et dégagé à cet effet un budget de près de 1,8 milliard de francs. Financièrement et humainement parlant, ces mesures vont bien au-delà des plans sociaux traditionnels, puisqu'elles proposent des variantes qui ouvrent véritablement de nouvelles perspectives aux personnes touchées. Soulignons que dans le même temps nous créons plus de 2300 emplois dans les secteurs porteurs, générateurs de valeur. Preuve s'il en est que les concepts de bénéfice et d'emploi ne s'excluent pas mais qu'ils sont intrinsèquement liés à la notion de plus-value pour le client.

* CEO Swisscom SA.