La reprise économique offre chaque jour son lot de bonnes nouvelles. A la baisse du chômage viennent s'ajouter la réduction des déficits publics et l'amélioration des comptes de l'assurance chômage. Une telle situation attise évidemment les convoitises. Nos politiciens déploient des trésors de fantaisie pour utiliser la «cagnotte» qui leur tend les bras. Au niveau de l'assurance chômage, les conditions semblent réunies pour diminuer aujourd'hui le taux de cotisation. C'est en tous les cas l'objectif annoncé par les autorités fédérales en marge de la révision de l'assurance chômage. Compte tenu du contexte économique favorable, il s'agit sans aucun doute d'un projet auquel il est facile de souscrire. Pourtant, il serait sage de tempérer quelque peu cet empressement.

Tout d'abord, avant de réduire le taux de cotisation, il est indispensable d'attendre que la dette accumulée soit résorbée. Elle se monte aujourd'hui encore à 8,1 milliards de francs. Avec un solde positif escompté de 1,7 milliard pour les comptes de l'exercice 2000 et de 1,9 milliard pour l'année 2001, cet objectif pourrait être réalisé en 2003 déjà. La baisse devrait être envisagée au plus tôt à cette échéance. La prudence voudrait même que l'on laisse la caisse de compensation accumuler quelques réserves supplémentaires, cela d'autant plus que la libre circulation des personnes liée aux bilatérales devrait susciter près de 370 millions de dépenses supplémentaires pour l'assurance chômage.

Plus fondamentalement, il faut impérativement arrêter de jouer au yo-yo avec le taux de cotisation en l'abaissant en période de croissance, au moment où le chômage diminue, et en l'augmentant à nouveau dès les premiers signes d'un ralentissement économique. C'est la politique qui a été adoptée par les autorités fédérales dans le passé. On ne répétera jamais assez que c'est une erreur sur le plan économique. Cette politique contribue en effet à accroître les cotisations prélevées sur le travail à une période où l'emploi diminue. Dans le même temps, elle entache le pouvoir d'achat des ménages en diminuant le salaire net des travailleurs à une période où l'économie se trouve justement en pleine récession.

De ce point de vue, il serait plus judicieux de fixer un taux de cotisation constant susceptible d'assurer le financement à long terme d'un socle incompressible de chômage qui se situe aujourd'hui autour de 2,2%. Un tel système permettrait d'équilibrer le budget de l'assurance chômage sur l'ensemble du cycle économique en dégageant des excédents en période de haute conjoncture qui compenseraient les déficits créés par les périodes de récession.

Finalement, il faudrait profiter de l'occasion offerte par la révision de l'assurance chômage pour revoir la structure de son financement. Du point de vue de la logique «assurancielle», il paraîtrait justifié de réserver les cotisations salariales au seul financement des indemnités. Pour le reste, notamment les mesures actives, il conviendrait de recourir à la fiscalité. Cette solution se justifierait du point de vue du principe de solidarité à l'égard des personnes qui ont le plus de difficultés à retrouver un emploi en raison de qualifications insuffisantes ou de l'absence d'une formation continue. Les mesures actives viennent donc combler (sans doute un peu tard) des défaillances apparentes dans d'autres politiques publiques. Il est dès lors légitime d'assurer leur financement par des recettes fiscales prélevées sur l'ensemble de la collectivité.

* Professeur d'économie à Genève.