L' industrie suisse de la santé constitue une importante composante de l'économie helvétique (12% du PIB). En termes de recherche et développement, cette industrie se situe en tête des principaux investisseurs dans notre pays. La compétitivité internationale de l'industrie suisse de la santé s'observe tant sur le plan de l'internationalisation de ses entreprises et de ses produits que sur celui de l'attraction que certains prestataires spécialisés exercent auprès de patients étrangers. Cependant, la perception générale de ce secteur est plutôt pessimiste. L'industrie de la santé est ressentie comme étant un domaine qui grève les finances privées et publiques et, de ce fait, affecte le bien-être général. Cette approche se base sur l'évolution des coûts qui entraîne une augmentation des primes d'assurance maladie.

Il est malsain d'aborder le secteur de la santé sous l'angle des coûts. L'objectif de réduction de ces derniers entraîne des mesures et des incitations contre-productives. Dans toute industrie, les coûts ne sont qu'une partie de l'équation. C'est en fait le ratio valeur/coût qui importe. Une telle approche ne sous-estime pas l'importance des coûts. Toutefois, la réduction de ceux-ci doit résulter de réels gains d'efficacité et non de reports de coûts, de rationnement des soins et de réduction de la qualité.

Selon Michael Porter, le secteur de la santé peut être un puissant vecteur de développement économique et de compétitivité, à condition de raisonner en terme de «valeur» pour le patient. Cette valeur repose sur la qualité du système de santé et sur la quantité de prestations fournies.

Une assurance de soins obligatoire constitue le socle de l'ensemble du système. Le concept de base est donc celui d'un système de santé réglementé en raison des défaillances du marché (sous-assurance, manque de transparence et d'information quant aux risques assortis

à chaque patient, etc.). Mais il n'est aucunement exclu de recourir aux mécanismes d'offre et de demande. L'expérience montre en effet que la concurrence est le système le plus efficace en cas de ressources limitées.

La concurrence doit se focaliser sur les performances des prestations en termes de qualité et de quantité par franc dépensé. Si chaque acteur du système doit mesurer et dévoiler de manière transparente ses performances, et s'il est en compétition pour chaque patient et chaque assuré, le processus engendre une augmentation de la valeur et un renforcement de l'innovation.

La concurrence devrait fonctionner selon un marché unique en Suisse, toute institution implantée dans une région étant potentiellement en concurrence avec n'importe quelle autre institution établie dans un autre canton. Cela entraînerait une spécialisation accrue, ce qui renforcerait la compétitivité des prestataires. Pour les médicaments, l'espace concurrentiel devrait être international afin, notamment, d'autoriser les importations parallèles – au moins au niveau européen –, ce qui devrait contribuer à une baisse des prix des médicaments en Suisse.

Il importe d'améliorer le système de compensation des risques dont le but est d'éviter que la concurrence entre assureurs se fasse sur la sélection des risques au lieu de se porter sur l'efficacité de la gestion du système. Un renforcement des moyens de répression en cas de fraude de la part des assureurs, ainsi qu'un affinement des critères de compensation des risques devraient permettre de garantir une réelle concurrence.

Pour qu'elle fonctionne de manière optimale entre les prestataires d'une part, et entre les assureurs d'autre part, il importe de supprimer l'obligation de contracter. Mis en concurrence, les assureurs ne pourront pas être trop restrictifs dans le choix des prestataires de services. Sinon ils perdraient des assurés au profit des concurrents dotés d'une liste plus extensive de prestataires. Toutefois, il importe alors de garantir au patient son autonomie de décision afin qu'il puisse sanctionner les caisses – par le biais d'un changement d'assureurs – qui limiteraient indûment leur liste de prestataires contractuels.

Certains s'inquiètent que la concurrence sur les résultats ne conduise à un nivellement par le bas en raison d'incitations à réduire les coûts en maintenant notamment des pratiques obsolètes. Mais c'est le contraire qui devrait se passer car la mesure de résultat – en termes de valeur – est clairement établie et transparente. La maximisation de cette valeur nécessite des principes réglementaires stricts et l'instauration d'une forte concurrence.

La mise en place d'un système concurrentiel devrait répondre à la fois aux objectifs de qualité des soins et de maîtrise des coûts. Le secteur dispose déjà d'instruments sophistiqués d'évaluation des performances tels que le «balanced scoreboard» pour ne citer qu'un exemple d'outil d'évaluation utilisé notamment dans le domaine des établissements médico-sociaux. L'opposition à l'instauration de principes concurrentiels persiste, parce que ceux-ci mettent «sur la touche» l'ensemble des acteurs concernés. Ceux-ci s'accordent pour garantir leurs intérêts individuels à court terme. En termes économiques, nous sommes dans une logique perdante.

Pourtant, à moyen et à long termes, le renforcement d'un mécanisme concurrentiel de santé serait à même d'assurer la compétitivité durable de ce secteur qui, tôt ou tard, va être confronté à une concurrence étrangère accrue. Le système

devrait pousser les professionnels de la santé à se spécialiser davantage et à innover afin d'offrir à chaque niveau une «unique value proposition». L'évolution des dernières années démontre

le potentiel de développement de nombreuses activités liées au secteur de la santé, à l'image de l'alimentation, du «fitness», du tourisme médical

et du tourisme de santé. Par ailleurs, le secteur industriel peut encore se développer en tirant profit de la compétitivité des fournisseurs et des clients locaux, notamment dans le domaine des équipements médicaux. Une telle dynamique renforcera

le positionnement des acteurs suisses de la santé leur permettant ainsi d'accroître durablement

leur compétitivité sur des marchés en pleine croissance non seulement en Suisse mais surtout à l'étranger.