Rien ne va plus! En l'espace de 48 heures, les marchés financiers ont perdu près de 500 milliards de dollars. Présumée coupable: la Bourse de Shanghai, créée au début des années 1990, qui assure la cotation des actions de près de 900 sociétés et représentait fin 2006 une capitalisation boursière de l'ordre de 900 milliards de dollars (à mi-chemin entre les Bourses russe et suisse). En cause: la plus grande chute enregistrée en une journée sur le marché chinois (environ 9%) au cours de la dernière décennie.

Au-delà d'une baisse spectaculaire, la correction apportée ces derniers jours sur la Bourse de Shanghai ne réduit que légèrement la croissance de plus de 130% enregistrée en 2006. Elle ne fera pas non plus oublier la plus grosse introduction en Bourse, au niveau mondial, d'une entreprise (Industrial and Commercial Bank of China), pour la coquette somme de 21,9milliards de dollars. De fait, les investisseurs chinois ont tout de suite vu une opportunité dans cette mini-crise: on a battu mercredi le nombre d'ouvertures de compte auprès de l'organisme de clearing chinois (China Securities Depository and Clearing Corporation) et la Bourse est remontée de près de 4% alors que New York, Londres ou Tokyo peinaient à se stabiliser.

Après l'effet tequila au Mexique en 1994, faudra-t-il à l'avenir compter sur un effet maotai en Chine? Au même titre que son économie, il est bon de rappeler que la Bourse chinoise ne fait qu'émerger. Le gouvernement y voyait à l'époque un instrument permettant de financer des entreprises d'Etat inefficientes et indisciplinées auxquelles les banques commençaient à refuser des prêts. Malgré une série de réformes importantes lancées il y a quelques années, les Bourses de Shanghai et de Shenzhen souffrent encore d'un manque de transparence et de l'introduction de mesures de régulation par à-coups. Il semblerait que le dernier soubresaut de la Bourse chinoise soit nourri par une campagne visant à convertir des actions non négociables en des actions publiques; à moins que cela ne soit lié à la prochaine réunion du Congrès du peuple ou à une tentative du gouvernement d'éviter une surchauffe... En tout état de cause, il serait pour le moins surprenant d'assister à un développement linéaire du marché financier chinois.

Reste à noter que c'est la première fois qu'une correction sur la Bourse de Shanghai a de telles répercussions. La chute en cascade des places financières mondiales souligne une fois de plus l'intégration croissante de la Chine dans l'économie mondiale. Durant la crise financière de 1997, la Chine avait pu tirer son épingle du jeu grâce au contrôle des capitaux. Elle avait su résister à la tentation de dévaloriser sa monnaie et s'était attiré une bonne dose de capital sympathie dans les pays avoisinants. Le gouvernement se trouve en face d'une problématique opposée: l'ouverture financière, âprement négociée durant l'accession à l'OMC, devra à terme aller de pair avec une restructuration. Cela passera entre autres par une réforme des institutions financières qui sous-tendent l'économie de marché chinoise, et ce afin d'éviter que la planète finance ne se grippe.