Les cantons romands, en particulier ceux de l'Arc lémanique, font partie des juridictions les plus dépensières, les plus endettées et, paradoxalement, les plus imposées de Suisse. Est-ce une fatalité? Si l'on en juge par la politique dynamique du canton de Zoug, non.

Déjà l'un des sites les plus compétitifs d'Europe, Zoug est sur le point de se doter d'une nouvelle loi fiscale, sous réserve d'approbation des citoyens le 26 novembre prochain. L'attitude des autorités zougoises, le directeur des Finances Peter Hegglin en tête, consiste à secouer l'arbre fiscal en permanence. La complaisance, Zoug ne la connaît pas. Récemment devancé par d'autres régions en matière de fiscalité des entreprises, Zoug s'apprête ainsi à baisser encore l'impôt sur le capital des sociétés holding de 0,075 à 0,02 pour mille, en parallèle à d'autres améliorations.

Sans oublier les familles. Celles-ci paient déjà jusqu'à trois fois moins d'impôts que dans les pires enfers fiscaux suisses. Or, les parents pourront déduire un montant supplémentaire de 3000 francs par enfant, en plus des 8000 francs actuels. De leur côté, les personnes handicapées pourront déduire de leurs revenus la totalité des charges encourues en raison de leur infirmité. Mais il serait faux de croire que le Conseil d'Etat zougois oppose le volet social au volet économique de la loi: ce serait méconnaître l'état d'esprit qui prévaut dans ce canton. A la place de se lamenter sur les «manques à gagner» ou les «pertes fiscales», le gouvernement cantonal fait valoir la création d'entreprises, la création d'emplois et l'attrait de Zoug comme cadre de vie où le citoyen dispose librement des fruits de son travail.

Pour Peter Hegglin, les recettes fiscales en moins représentent «des moyens bien investis pour l'avenir». Quel contraste avec la Suisse romande, où dans le canton de Vaud, par exemple, malgré une indigestion d'impôts, la modeste suppression des droits de succession en ligne directe a fait l'objet d'un contre-projet du gouvernement!

Avec quels résultats? Le canton de Zoug affiche le revenu par habitant le plus élevé de Suisse et connaît la plus forte densité d'automobiles de luxe du pays. Le taux de chômage se monte à 2,3% et l'économie croît systématiquement plus vite que l'économie suisse. Non seulement grâce à l'arrivée de nouvelles entreprises, mais surtout grâce aux investissements que permet la fiscalité modérée. Même avec le ralentissement attendu de la conjoncture, les analystes prévoient une expansion de 3,1% en 2007.

La diversité de l'économie zougoise explique également sa robustesse. En plus de la haute finance, des services et de l'industrie traditionnelle, les technologies de pointe représentent désormais 17% du produit intérieur brut cantonal. Des entreprises comme Assentis Technologies, Petroplus et Crealogix témoignent de la richesse de l'activité productive du canton.

Zoug bénéficie aussi d'une démographie favorable. C'est l'un des cantons les plus jeunes de Suisse, les couples pouvant confortablement y élever leurs enfants, sans devoir renoncer à une grande partie de leurs revenus pour alimenter le fisc. La population résidente continue d'augmenter, bien que Zoug importe davantage de travailleurs pendulaires qu'il n'en exporte: au temps pour le mythe de la cité-dortoir des nantis et des boîtes à lettres des entreprises.

Tout aussi remarquable, Zoug baisse encore ses impôts alors que le canton et les communes font face à de nouvelles charges substantielles, en particulier pour financer la nouvelle péréquation financière dont profitent les cantons léthargiques. Dans son budget 2007, la ville de Zoug prévoit des investissements record dans les infrastructures, en octroyant en parallèle un rabais fiscal de 3% et en misant encore sur un surplus! Cela en dépit d'un fardeau additionnel pour la péréquation de 22 millions de francs à elle seule.

C'est que les communes zougoises les plus prévoyantes, sentant venir la fronde fédérale contre les cantons les plus compétitifs, ont fait des réserves. La fiscalité peut ainsi rester stable, même si plusieurs exercices devaient s'avérer déficitaires. La péréquation fiscale à la zougoise contre la péréquation financière à la bernoise, en quelque sorte! La culture vertueuse, intègre et respectueuse dont font preuve les autorités zougoises envers les droits de propriété du contribuable cherche son pendant en Suisse romande. Pour les communes comme pour le canton, rester un partenaire fiable vis-à-vis du citoyen est la priorité absolue.

L es tenants romands du laisser-aller et de l'immobilisme permanent, bien sûr, ressortiront le vieil argument géographique. La ville de Zoug, après tout, ne se situe-t-elle pas à vingt minutes du centre de Zurich? Certes, mais que dire alors de Genève et de l'Arc lémanique, ou de la proximité du Jura face à Bâle? A l'opposé, comment expliquer l'essor industriel du Liechtenstein, qui n'est même pas relié au chemin de fer? La géographie ne joue que peu de rôle. Le canton de Zoug prospère parce qu'il a su se doter d'un cadre fiscal propice à son autonomie. Et, dans un monde en constante évolution, il continue à l'ajuster et à l'améliorer, avec un œil au-delà des frontières suisses, sans jamais se satisfaire des succès passés.

Si les conseillers d'Etat romands cherchent un «modèle nordique» à suivre, il est grand temps qu'ils s'inspirent de l'exemple exceptionnel de Zoug. Et qu'ils baissent enfin les impôts.