Chaque année, le 12 mai est déclaré «Journée internationale de l'infirmière». Son thème 2008 était «Les infirmières à l'avant-garde des soins de santé primaire».

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), depuis sa déclaration d'Alma-Ata il y a trente ans, met l'accent sur l'accès universel au service de santé grâce aux soins de santé primaire. Trente ans plus tard, il semble de plus en plus évident qu'une approche curative des soins de santé en milieu hospitalier ne suffit pas à répondre aux besoins des populations.

«Selon des paramètres internationaux, les systèmes de santé à forte orientation sur les soins de santé primaire dégagent de meilleurs résultats de santé. Plus équitables, ils sont plus efficaces, présentent des coûts moins élevés pour les soins de santé et bénéficient d'une meilleure satisfaction du client que ceux qui sont moins orientés sur les soins de santé primaire.»**

L'OMS relève régulièrement la place centrale des soins infirmiers dans ce type d'approche.

Si le transfert des soins de santé de l'hôpital à la communauté est en bonne voie (même en Suisse), il demeure encore de gros problèmes à résoudre. Et dans notre pays, l'un des principaux est un risque majeur de régression! Certains milieux présentent une volonté marquée de restreindre, pour des raisons économiques, le système solidaire de la Loi sur l'assurance maladie (LAMal), votée en 1995, en réduisant très sensiblement le financement par l'assurance obligatoire des soins en ambulatoire (soins à domicile) et en long séjour (en établissement médico-social). Un tel démantèlement va donc à l'encontre d'une approche de santé primaire. Elle est d'autant plus dramatique que le futur système de financement hospitalier au forfait par cas (SwissDRG) aura immanquablement un effet secondaire décrit dans tous les pays où de tels systèmes ont été introduits: un raccourcissement des durées de séjour à l'hôpital avec transfert de charge sur le maintien à domicile et les établissements médico-sociaux.

Or, le 1er juin, un nouvel article constitutionnel est soumis au peuple. Il deviendra, si le peuple l'accepte, le texte fondamental pour décrire la responsabilité de l'Etat dans le système assécurologique de santé. Dans la campagne en cours, le focus est avant tout porté sur l'introduction de la liberté de contracter et sur l'introduction du système moniste en faveur des assureurs. Pourtant, le pan soins du système est, à nos yeux, le plus explicitement visé par l'article 117a. Que déclare ce projet? «L'assurance des soins prévoit des prestations en cas de maladie et de maternité et peut prévoir des prestations en cas d'accident et de besoin en soins réguliers». Une telle formulation en «peut» est une remise en question des fondements solidaires de la LAMal. C'est la porte ouverte au démantèlement de la prise en charge obligatoire des soins par l'assurance maladie.

Une partie des politiques qui ont voté au parlement ce projet nous certifie qu'une telle formulation n'est que normale dans la constitution et que nous peignons le diable sur la muraille avec nos hypothèses, à leurs yeux totalement erronées. Mais alors, pourquoi ce «peut» ne s'applique-t-il pas à l'ensemble de la sentence? Pourquoi, pour les seuls soins, une telle formulation? Parce que cela concerne deux groupes classiquement marginalisés de notre société moderne, les vieux (pardon aux personnes âgées pour un emploi de ce terme outrageux, mais telle est la vision d'une part des politiciens) et les patients chroniques, surtout s'ils ont en plus des atteintes psychiques! Ces mêmes politiciens ont-ils entendu les débats aussi bien dans les Commissions de la sécurité sociale et de la santé publique qu'en plénum? Si oui, ils ne peuvent nier que les propos tenus par certains ténors du parlement remettaient en question la couverture solidaire des soins hors du milieu hospitalier, toujours selon le précepte que le besoin en soins serait dû à la vieillesse et non à la maladie et à ses séquelles. Une telle vision est clairement erronée. Si des besoins sociaux apparaissent avec l'âge, tel le besoin d'aide au ménage, les soins sont toujours directement liés à un problème de santé et/ou à ses conséquences.

Les nombreux soutiens reçus chaque année à l'occasion de la Journée internationale des infirmières montrent la reconnaissance de la société par rapport à la profession des soins et son attachement à ces prestations. Ils encouragent les professionnels à défendre leur éthique, à se battre pour la qualité des soins. Cela explique l'engagement de la profession pour que le 1er juin ne corresponde pas au démantèlement de l'offre sanitaire.

**Organisation panaméricaine de la santé (2007). Renewing Primary Health Care in the Americas: A Position Paper of the Pan American Health Organization/World Health Organization (PAHO/WHO). Washington, D.C.