Tout le monde s'accorde sur le fait qu'il faut avant tout faire des économies d'énergie et mettre en place des productions d'énergies renouvelables. Mais lorsqu'il s'agit de prendre des décisions politiques pour mettre en place des outils et des conditions cadres efficaces, on ne trouve plus de majorité. Le résultat est éloquent avec la rétribution de l'électricité verte au prix coûtant. L'outil est excellent, il a été mis en place dans 13 pays européens, et même en Chine. La Suisse a fini par s'y mettre aussi, mais encore une fois de manière timide. Aujourd'hui, les fonds prévus pour la rétribution à prix coûtant sont pratiquement entièrement utilisés jusqu'en 2030 et le plafond de 5% du fonds imposé au solaire bloque de nombreux projets. Si nos élus politiques fédéraux ne révisent pas sérieusement le montant octroyé à la hausse et ne suppriment pas le plafonnement de l'aide au solaire (pourtant une grande majorité de la demande), ce sera une catastrophe pour nos entreprises liées au secteur des énergies renouvelables.

Dans ce contexte politique, il est clair que les énergies renouvelables ne se mettent pas en place aussi vite qu'espéré, même si, du point de vue technique, c'est tout à fait possible. Par exemple, le vent qui survole l'Europe représente la puissance de 100000 centrales nucléaires (actuellement il y en a 450 dans le monde), le Soleil nous envoie en une heure l'énergie que l'humanité consomme en une année, ou encore, en couvrant 1% du Sahara avec des centrales à héliothermodynamie, on pourrait couvrir l'entier des besoins énergétiques mondiaux.

Et l'argent est là. La guerre en Irak aura coûté aux Américains plus de 3000 milliards de dollars selon Joseph Stiglitz, Prix Nobel de l'économie en 2001. Ce que les Américains cherchent en Irak, au-delà de la démocratie..., c'est surtout s'assurer un approvisionnement en pétrole. Mais ont-ils fait le bon calcul? S'ils avaient investi cet argent dans des panneaux solaires photovoltaïques, ils auraient déjà pu couvrir l'entier de leur consommation électrique! Dès lors, ils auraient atteint une grande autonomie énergétique. Ils n'auraient bien entendu pas réglé tous leurs problèmes d'approvisionnement en énergie, mais ils auraient fait un bon bout de chemin.

Nous avons réussi à envoyer des hommes marcher sur la Lune, l'énergie nucléaire a été subventionnée et continue de l'être à coups de milliards de francs, nous dépensons des milliards pour une armée dont on se demande parfois à quoi elle sert aujourd'hui. Alors, pourquoi n'arrivons-nous pas à entreprendre quelque chose d'ambitieux avec les énergies renouvelables?

Il faut être pragmatique. Je suis la première à croire aux énergies renouvelables et à leur potentiel gigantesque. Nous arriverons sans problème technique à couvrir entièrement nos besoins avec ces ressources, et de toute façon nous n'aurons pas le choix à moyen terme. Cela dit, je parcours régulièrement les allées du Parlement fédéral et me rends compte que nos élus ne sont pas encore prêts aujourd'hui à faire le nécessaire pour atteindre cet objectif.

Dès lors, il faut accepter de construire des centrales à gaz à cycle combiné, mais pas dans n'importe quelles conditions. Le cas de la centrale prévue par les Services industriels de Genève est, à mes yeux, exemplaire à plusieurs titres. Tout d'abord, il est prévu que cette centrale récupère et redistribue, à travers un réseau de chauffage à distance, la chaleur utilisée pour la production d'électricité. C'est très important puisque, dans ce type de centrale, près de 50% de l'énergie produite est de la chaleur. Deuxièmement, toutes les émissions de CO2 seront compensées, en grande partie à Genève. Du point de vue scientifique, si on supprime ailleurs l'équivalent des tonnes de CO2 produites par la centrale, le bilan final pour le climat est neutre. On peut même envisager d'en supprimer plus que ce qui est produit, auquel cas le bilan est même positif. Sachant que le gaz naturel est une énergie de transition et que les mesures prises pour compenser les émissions de CO2 sont, elles, durables, le bilan à long terme sera positif. Enfin, en parallèle à ce projet de centrale à gaz, les Services industriels de Genève mettent en place un vrai programme d'économies d'énergie intitulé «Eco21». Enfin, ils construisent des installations ou participent à de nombreux projets de production d'énergies renouvelables.

En définitive, accepter des centrales à gaz à cycle combiné en Suisse, sous certaines conditions, est un moindre mal par rapport au charbon...