Nos angoisses viennent souvent du fait que nous n'arrivons pas à vivre le moment présent. Nous sommes trop préoccupés par les catastrophes de demain ou constamment insatisfaits. Les sportifs, eux, ont changé cette approche des événements. C'est ainsi qu'à chaque interview, ils ne manquent pas de répéter: «Je prends un match après l'autre ou une course après l'autre.»

Ils renversent ainsi la belle théorie si longtemps enseignée, «l'insatisfaction est le moteur qui fait avancer le monde», comme le fameux «prévenir vaut mieux que guérir». Notre quotidien d'être humain doit ainsi se débattre dans ces tendances contradictoires. Ce n'est pas toujours si désagréable et c'est une solution de facilité. Au gré des courants, il est ainsi loisible de choisir la théorie la plus convenable. Ce florilège d'expressions populaires au service de l'avancement de notre destinée s'applique aussi à nos autorités. Elles ont en plus à leur actif le fameux «gouverner c'est prévoir».

Dans son sens de la prévision, le gouvernement pense aussi à sa réélection. La prise de risque au quotidien devient alors un exercice dangereux. Les solutions résident souvent soit dans le compromis pour ne fâcher personne au présent comme au futur, soit plus simplement dans la non-décision, après s'être beaucoup réuni et consulté. Finalement quelle importance! Le temps finit toujours par arranger les choses.

L'actualité risque de donner raison à cette manière de penser et de gouverner. Premier exemple en la matière, les comptes de la Confédération, suivis certainement par les comptes de nombreux cantons, qui ont quitté la zone déficitaire pour devenir équilibrés, voire bénéficiaires. Et ce n'est pas grâce aux mesures drastiques, mais bel et bien grâce à l'évolution positive de la conjoncture.

Immédiatement, certains s'empressent alors de défendre la théorie «vivons aujourd'hui, dépensons l'argent, nous en avons tellement besoin pour, pour….». Notre grand argentier fédéral défend quant à lui toujours la théorie de la prévention. Et directement après, il annonce un programme de baisse d'impôts.

Deuxième exemple. Nous traversons une crise immobilière longue et douloureuse, comme le sont d'ailleurs toutes les crises. Les logements ainsi que les surfaces commerciales vacants ont atteint des chiffres inconnus depuis longtemps, dépassant largement les 2% en Suisse romande. Les autorités politiques ont compati à ces difficultés, se sont montrées inquiètes, mais se sont perdues dans un immobilisme total. Preuve en est que nous avons passé ces années et ces mois avec des lois sur les rénovations et sur l'aliénation d'appartements précédemment loués basées sur la pénurie. Et en période de pléthore, nous avons appliqué gaiement les lois dont le principe est la pénurie. On ne sait jamais!

Personne n'a eu le courage de prendre une mesure pourtant simple: leur suspension. Il n'y a pas besoin d'une fable pour nous rappeler qu'il est plus facile d'être cigale par beau temps que par mauvais. Pourtant, nos politiciens ont souvent tendance à appliquer ce principe, de donner au présent et de ne rien faire pour retirer ou supprimer des lois. Il n'empêche que s'il y a un retournement de conjoncture, c'est bien parce que des individus se sont battus au présent et qu'ils ne se sont pas contentés d'attendre.

* Directrice de la Fédération romande immobilière