Alors que la crise de 2008 aboutira peut-être à l'assainissement de l'industrie financière mondiale, les fonds alternatifs devront, quant à eux, achever leur processus d'institutionnalisation. Si les économies matures pourraient se détourner de l'alternatif, les pays émergents ne délaisseront pas ce levier de croissance.

L'année 2008 sera assurément l'une des pires pour les hedge funds: après huit mois de performance décevante, l'industrie des fonds alternatifs subit, elle aussi, de plein fouet la plus importante secousse financière depuis 1929. En attaquant les fondements mêmes du système financier, cette crise mondiale ne pouvait en effet laisser aucune contrepartie indemne.

Durant les derniers mois de l'année, et probablement le premier semestre 2009, les avoirs sous gestion des hedge funds devraient se réduire drastiquement, essentiellement à cause des remboursements à la clientèle privée. Pour preuve, une étude effectuée par Bfinance - la première menée après l'effondrement boursier de septembre sur les intentions des caisses de pensions européennes et américaines pour les trois prochaines années - révèle qu'alors que 37% des sondés pensent diminuer leur positionnement en actions, seuls 4% envisagent de diminuer leur exposition aux hedge funds, contre 59% qui souhaitent la maintenir, voire l'augmenter.

Les flux massifs des remboursements ont cependant récemment poussé certains hedge funds et fonds de fonds à activer des restrictions à la sortie, afin de tenir compte de la faible liquidité actuelle des marchés et de préserver l'intérêt des actionnaires restant investis.

Dans l'idéal, comme pour les fonds de private equity, les gérants de hedge funds devraient promettre des fenêtres de remboursement qui correspondent à l'horizon de leur stratégie d'investissement. Malheureusement, si les investisseurs acceptent de telles conditions pour le capital-investissement, ils se montrent plus réticents à le tolérer vis-à-vis de stratégies aussi complexes que celles des fonds alternatifs. A l'avenir, cet état de fait devrait amener les hedge funds à diminuer significativement les fréquences de remboursement et, par conséquent, exclure davantage d'investisseurs privés.

Dorénavant, l'industrie alternative devra donc se structurer autour de la liquidité réelle sous-jacente des fonds. Et, c'est justement ce critère de liquidité qui forcera l'industrie à opérer une scission. D'un côté, on trouvera les descendants des hedge funds. Au prix d'une liquidité restreinte, ceux-ci permettront de bénéficier de l'hétérogénéité des stratégies alternatives, de la rentabilité importante des dislocations significatives générées par la plus grande crise depuis 1929, et de profiter des plus brillants talents de la finance. Cette partie de l'industrie sera essentiellement institutionnelle et, pour les prochaines années, tournée vers le crédit.

De l'autre, on trouvera tous les autres véhicules, probablement enregistrés UCITS III, des ersatz de clone ou non. Par le biais de stratégies systématiques sur des actifs liquides, ces véhicules permettront de participer à un ensemble restreint de styles systématique, dynamique, volatil d'investissement avec levier. Pour le moment, l'offre de ce type de stratégies ne permet pas de soutenir la croissance potentielle de ce segment de l'industrie. Trop de gérants CTA utilisent des systèmes équivalents et trop peu ont misé sur des stratégies dites «macrosystématiques». De même, les approches optionnelles des pseudo-clones se bornent à dupliquer avec un succès relatif les expositions au crédit et aux actions d'indices de hedge funds surdiversifiés. Et pourtant, utilisées à bon escient, ces techniques pourraient générer un riche ensemble de styles d'investissement innovants. Dans cette seconde «poche», il est probable que l'on retrouve aussi certains gérants long/short se concentrant sur les grandes capitalisations, ainsi que des fonds 130/30 ou 120/20 qui varieraient l'exposition nette bêta ajustée grâce à des ventes à découvert dynamiques sur des positions beaucoup plus agressives.

Cette nouvelle taxinomie de l'industrie alternative se mettra en place parallèlement aux réformes de l'environnement financier. Quelle que soit la future supervision mise en place, les stratégies alternatives devraient perdurer aussi longtemps que les opérations de courtage existeront. Or, certains commentateurs prédisent l'effondrement des transactions - et donc la fin des hedge funds - à la suite du processus de consolidation des banques d'investissement, dont l'aboutissement serait la nationalisation. Aux mains de l'Etat, les banques d'affaires se concentreraient sur les PME et délaisseraient les autres acteurs financiers. Quoi qu'il advienne, il semble certain que les pays émergents ne renonceront pas aux outils financiers qui soutiendront leur croissance, ce d'autant plus que leurs réserves de liquidités le leur permettent. On assistera alors simplement à la délocalisation des transactions relatives aux stratégies alternatives.