Gestion de fortune

Les liquidités ne sont pas une stratégie

La volatilité actuelle des marchés incite nombre d’investisseurs privés à thésauriser des liquidités. Pourtant, ceux-ci auraient tout intérêt revoir leurs placements s’ils veulent atteindre leurs objectifs financiers

Si les marchés financiers mondiaux ont connu diverses envolées et crises durant les dernières décennies, les obligations se montraient plus stables. Et grâce à la hausse des obligations au cours des trente dernières années, les investisseurs ont pu enregistrer une plus-value réelle positive. Mais la crise financière en 2008 et la crise de la dette souveraine dans la zone euro en 2011 ont mis un terme à cette situation confortable. Ces deux événements et la faiblesse des indicateurs conjoncturels dans ce contexte ont amené les banques centrales à pratiquer des politiques monétaires ultra-accommodantes, ce qui a fait plonger les rendements réels et les taux d’intérêt à un niveau de faiblesse record.

Si les marchés des capitaux ont tiré profit de cette politique monétaire menée par les principales banques centrales, la volatilité des marchés des capitaux a augmenté cet été, car, pour la première fois depuis de nombreuses années, les Etats-Unis ont envisagé de relever leurs taux d’intérêt. Cependant, les données macroéconomiques varient selon les régions du monde et la date d’un éventuel relèvement des taux d’intérêt est incertaine. En particulier, le ralentissement de la croissance chinoise a suscité des craintes de récession chez les investisseurs, ce qui a entraîné une nouvelle correction sur les marchés des actions.

Lire le glossaire des concepts de gestion 

Des stocks importants de liquidités en réponse à la volatilité

Les investisseurs privés réagissent à cet accroissement de la volatilité en se montrant de plus en plus réservés dans leurs placements. Et les investisseurs soucieux de sécurité, qui considèrent traditionnellement les emprunts d’Etat comme des «valeurs refuges», sont confrontés à un dilemme: même avec la faiblesse actuelle de l’inflation dans la zone euro, voire avec des taux d’inflation négatifs en Suisse, ce segment ne fournit pratiquement plus de rendements positifs.

En réaction, nombre d’investisseurs conservent des liquidités au lieu de les investir. Un phénomène que l’on observe à la fois en Allemagne et en Suisse et qui a été confirmé par notre analyse annuelle «Investors‘ Pulse». Alors que la quote-part idéale de liquidités devrait se situer autour de 26%, des clients privés suisses ayant des liquidités librement disponibles atteignant en moyenne 1,6 million de francs par exemple, détiennent une part nettement plus élevée de leur épargne en liquidités, en l’occurrence 34%. Les personnes interrogées considèrent elles-mêmes ces chiffres comme trop élevés. Elles pensent en fait qu’ils sont trois fois supérieurs au niveau idéal. Pour l’Allemagne, cette tendance apparaît encore plus clairement dans notre étude de 2014: sur les 2000 personnes interrogées dans ce pays, ayant une fortune librement disponible à partir de 150 000 €, les liquidités représentent 69% de la fortune, alors que la quote-part idéale se situe à 28%. L’étude de cette année devrait donner des résultats similaires.


Les investisseurs savent qu’ils ont trop de cash

Nos sondages le montrent clairement, les investisseurs savent que leurs positions en liquidités sont trop élevées et souhaitent changer cette situation. Mais, en raison de la situation décrite pour le marché des capitaux, nombre d’entre eux ignorent quelle solution adopter. La plupart ne réalisent pas qu’en détenant autant de liquidités dans le contexte actuel d’extrême faiblesse des taux et après déduction de l’inflation, ils réalisent même des pertes.

Pourtant, un environnement de marché hautement volatil peut, après des revers importants, engendrer aussi des inefficacités de marché, qui offrent à leur tour des opportunités de placement et peuvent s’avérer intéressantes, en particulier pour les investisseurs ayant un horizon de placement à long terme. Dans ce cadre, la diversification joue un rôle déterminant, car une répartition sur différentes catégories de placement permet de répartir les risques au sein du portefeuille. Il est ainsi possible de limiter les pertes, mais aussi d’exploiter diverses sources de rendement. On déterminera en fonction de l’aversion au risque du client, de son volume d’investissement et de son horizon de placement, si la meilleure solution est une approche multi-actifs classique, une approche obligataire souple ou, par exemple, une combinaison d’un investissement obligataire souple avec des actions à fort dividende. Quoi qu’il en soit, les investisseurs privés ont intérêt à revoir leurs placements et à réduire leurs positions en liquidités pour atteindre leurs objectifs financiers.

Publicité