L’Iran aiguise l’appétit des entrepreneurs suisses

Commerce Une conférence consacrée au marché iranien a fait salle comble jeudi à Zurich

Il faudra attendre la levée des sanctions pour que les affaires redémarrent

La salle Millennium de l’hôtel Marriott de Zurich était pleine à craquer jeudi matin. Tellement pleine que certains ont dû rester debout. Les organisateurs, eux, avaient le sourire. Ils avaient d’abord pensé à organiser l’événement au siège de Switzerland Global Enterprise. Quand le nombre d’inscrits a dépassé les 50, ils ont préféré réserver la petite salle de l’hôtel. Une fois les 150 atteints, ils ont vite compris qu’ils devraient opter pour la grande.

La conférence consacrée à l’Iran a finalement attiré plus de 400 personnes, preuve de l’intérêt que suscite l’ouverture annoncée du marché iranien aux yeux des entrepreneurs suisses. On retrouvait ainsi dans la salle aussi bien des représentants d’UBS que des patrons de plus petites entreprises, tels Walter Hediger. Directeur général de l’horloger Gallet, ce dernier se réjouit de pouvoir vendre ses montres en Iran. «Surtout le modèle de luxe que nous sortirons bientôt et qui sonnera cinq fois par jour pour annoncer l’heure de la prière aux Musulmans», explique-t-il.

Comme lui, ils sont des centaines d’entrepreneurs pour qui l’accord diplomatique conclu le 14 juillet entre la République islamique et les grandes puissances est synonyme de nouvelles opportunités d’affaires. Car non seulement l’Iran est riche en gaz et en pétrole, mais il représente également un débouché de choix pour les produits «Swiss made ». Pour Daniel Kung, directeur de Switzerland Global Enterprise et organisateur de la conférence, le potentiel du marché iranien – qui ne représentait que 0,2% des exportations suisses en 2014, soit 610 millions de francs – est tout simplement «énorme».

Ceux qui étaient présents jeudi à Zurich, à l’instar de Roy Housh, directeur des ventes de Frewitt, fabricant fribourgeois de machines, n’avaient toutefois qu’une seule question en tête: quand les sanctions seront-elles levées? En d’autres termes, quand pourront-ils faire – ou refaire – des affaires avec la République islamique sans risquer une forte amende aux Etats-Unis?

Les espoirs des plus pressés ont rapidement été douchés par Sonja Hürlimann, responsable pour le Moyen-Orient au sein du Secrétariat d’Etat à l’économie. Car si le Conseil fédéral a annoncé la levée de «certaines sanctions» le 12 août, celles-ci ne concernaient que les métaux précieux et les produits pétrochimiques, a-t-elle précisé d’entrée. Autrement dit: les sanctions internationales, celles qui privent notamment les Iraniens d’un accès au système financier mondial, restent en vigueur, même pour les Suisses.

Pour que toutes les sanctions soient levées, les entreprises à croix blanche devront donc attendre que l’accord diplomatique du 14 juillet soit «implémenté», comme tout le monde. Soit que le Congrès américain l’ait validé et, comme il est stipulé dans l’annexe 5, que Téhéran ait mis en œuvre ses engagements relatifs à ses installations nucléaires, le tout vérifié par les experts de l’AIEA.

Présent jeudi à Zurich, l’ambassadeur de Suisse en Iran, Giulio Haas, qui estime que les exportations suisses vers l’Iran pourraient rapidement atteindre 2 voire 3 milliards de francs par an, s’est montré résolument optimiste sur la question. Selon lui, les sanctions pourraient être levées dès le premier trimestre 2016. «Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre si longtemps pour venir me voir, a-t-il toutefois lancé à l’assistance. Car nos concurrents, eux, sont déjà là.»

L’ambassadeur faisait ainsi allusion aux nombreuses délégations étrangères qui se succèdent depuis plusieurs mois à Téhéran avec pour objectif, à chaque fois, de plaider en faveur de leurs entreprises nationales. Depuis le 14 juillet, le vice-chancelier allemand, les ministres des Affaires étrangères français et britanniques ont, entre autres, fait le voyage.

Les entrepreneurs suisses, eux, étaient plus partagés au sortir de la conférence. Si certains se réjouissaient de pouvoir vendre leurs produits en Iran, d’autres, à l’image de Roy Housh, étaient plus circonspects quant à la volonté des Américains de lever les sanctions. «Je ne suis pas certain que le Congrès soutiendra Obama», expliquait ce dernier.

La réponse devrait tomber au mois d’octobre. En attendant, ceux qui ont manqué la conférence de Zurich pourront se rendre au Forum Europe-Iran qui se tiendra à Genève les 24 et 25 septembre.

Les participants n’avaient qu’une seule question en tête: quand les sanctions seront-elles levées?