Le baril de pétrole a gagné près de 70 cents ce lundi à Londres, au lendemain des menaces à peine voilées de l'Iran d'avoir recours à l'arme pétrolière. «Toute perturbation de notre économie pourrait provoquer une augmentation des prix du pétrole au-delà de ce qu'attendent les Occidentaux», a averti Davoud Danesh-Jaafari, ministre iranien de l'Economie. Une mise en garde lancée dimanche à la veille de la réunion de cinq membres permanents du Conseil de sécurité sur d'éventuelles sanctions contre Téhéran. A Londres, le prix du baril a clôturé à 62,93 dollars et s'approche du record d'août. Le baril avait alors atteint presque 70 dollars.

L'Iran, 2e exportateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, derrière l'Arabie saoudite, exporte 2,4 millions de barils de brut par jour. Le pays espère des revenus de 44 milliards de dollars pour la prochaine année fiscale mars 2006 à mars 2007.

Les analystes sont unanimes. Toute sanction contre l'Iran entraînerait un arrêt des exportations iraniennes. Le pire est que celles-ci ne seraient pas remplacées, faute de capacité de production excédentaire chez les autres pays pétroliers. A l'heure actuelle, l'offre et la demande s'équilibrent tout juste autour de 85 millions de barils/jour.

Après les menaces iraniennes, les propos tout aussi guerriers de Washington ont également mis le brut sous pression. «Si le prix du pétrole doit grimper, c'est une conséquence que nous devrions supporter», a affirmé John McCain, sénateur républicain d'Arizona, dimanche soir sur CBS. «Nous ne pouvons pas nous laisser intimider par des menaces», a renchéri Trent Lott, républicain de Mississippi. D'autres tenants du pouvoir sont allés jusqu'à évoquer l'option militaire pour faire plier Téhéran.

Les analystes ne manquent pas de faire remarquer le caractère imprévisible du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, en référence à ses appels à «rayer Israël de la carte». Ils n'ont pas oublié que l'Iran était la source de la deuxième crise pétrolière en 1979-80, suite à la prise du pouvoir par les islamistes.

Mais il y a aussi le Nigeria, 8e producteur mondial, où les tensions sont montées d'un cran. Ce lundi, Shell s'est résigné à évacuer 330 de ses employés affectés aux quatre centres de pompage dans le delta du Niger. La semaine dernière, un acte de sabotage a fait réduire la production de 20%. Pour l'heure, tout indique qu'on s'achemine vers une radicalisation du conflit qui oppose le groupe anglo-néerlandais et le Mouvement de libération du delta du Niger.

Cette crise ne fait toutefois pas que des malheureux. Les actions des compagnies pétrolières ont grimpé sur fond de hausse de prix pétroliers.