Commerce

L’Iran, un marché à fort potentiel pour qui en connaît les règles

Durant deux jours, experts et hommes d’affaires ont échangé leurs vues lors du forum Europe-Iran à Zurich. La levée des sanctions créée des opportunités pour la consommation. En revanche, la situation doit encore être clarifiée pour les banques

Avec la levée graduelle des sanctions internationales contre l’Iran, le pays qui compte environ 80 millions d’habitants fait l’objet de toutes les convoitises sur le plan commercial. La troisième édition du forum Europe-Iran, qui s’est tenue mardi et mercredi à Zurich, a permis à quelque 400 participants d’évaluer les chances et les risques qui se présentent sur ce marché, alors que les délégations d’affaires helvétiques à Téhéran se sont multipliées ces derniers mois.

Lire aussi: Iran: une visite officielle fructueuse pour les sociétés suisses

La manifestation, organisée en partenariat avec diverses sociétés iraniennes ainsi qu’avec le soutien de la Chambre de commerce Iran-Suisse et Switzerland Global Enterprise, se définit comme une «plate-forme innovante pour la diplomatie d’affaire» selon ses organisateurs. L’amélioration des conditions-cadres de l’économie iranienne a été soulignée par plusieurs orateurs. Parviz Aghili, directeur de la Middle East Bank, a rappelé notamment que le taux d’inflation, situé à plus de 30% entre 2012 et 2014, a chuté à moins de 10% récemment.

Lire aussi: Les exportations iraniennes de pétrole ont dépassé les 2 millions de barils par jour

Dans l’ère «post-sanctions», la production de pétrole grimpera de 2,5 à 4 millions de barils par jour, tandis que les exportations de brut dépassent déjà le seuil des 2 millions, a ajouté de son côté Ali Ashraf Afkhami, le président de la Bank of Industry and Mine.

Les banques internationales restent en retrait

Reste la question des sanctions. La politique n’est en effet jamais très loin lorsqu’il s’agit de commerce avec l’Iran. En ouverture du forum, Jeroen van der Veer, le président du conseil d’administration de Philips et de la banque néerlandaise ING, a appelé les dirigeants européens à clarifier la situation au sujet des sanctions américaines.

Les banques internationales sanctionnées par les Etats-Unis – BNP Paribas a dû payer une amende de 9 milliards de dollars en 2014, Credit Suisse plus d’un demi-milliard en 2009 – hésiteront à deux fois avant de financer des activités en lien avec l’Iran. De l’avis de Parviz Aghili, directeur de la Middle East Bank, les sanctions américaines «primaires», celles décidées par le Congrès, vont certainement persister. En revanche, les banques étrangères n’ont rien à craindre de la part de la loi iranienne pour leurs activités, a-t-il insisté.

Risques légaux et de réputation

Pour les sociétés qui veulent établir une activité commerciale en Iran ou créer une coentreprise, un examen détaillé des risques légaux, financiers ou de réputation est indispensable, jugent les représentants de la société de conseil juridique Dentons. Il faut tenir compte des spécificités de la loi iranienne. En Iran, une société étrangère n’a pas le droit de posséder du terrain. Un groupe qui veut créer une coentreprise industrielle a ainsi intérêt à déterminer d’emblée ce qui se passera en cas de liquidation de celle-ci.

Boom de la consommation

Outre ses richesses en ressources naturelles, l’Iran présente aussi un important potentiel pour le secteur de la consommation. Les investisseurs potentiels doivent toutefois être conscients de la fragmentation élevée de ce marché, a averti Bora Karamustafa, directeur des produits surgelés chez Solico Group. S’y ajoute le contrôle des prix de certains produits par le gouvernement.

Lire aussi: «L’Iran reste l’un des derniers territoires vierges pour les groupes occidentaux»

Sharif Nezam-Mafi, président de la Chambre de commerce Iran-Suisse et directeur de la filiale de Bühler à Téhéran, a rappelé qu’il n’est pas facile d’importer certains produits en Iran et qu’il vaut mieux miser sur une production locale. Autre écueil: l’importance du marché noir. «Des entreprises qui s’installent sont souvent surprises d’être confrontées à la concurrence de leurs propres produits déjà écoulés sur place», explique-t-il.

Globalement, il estime toutefois que l’Iran est un marché plus facile d’accès pour des entreprises étrangères que la Russie ou le Nigeria par exemple. De plus, «en Iran, il y a une demande illimitée pour des produits de qualité», vante-t-il.

Publicité