L'entreprise individualisée: une nouvelle logique de management, Sumantra Ghoshal et Christopher Bartlett: Maxima-Laurent Dumesnil Editeur, 1998, 280 pages.

Le thème central de Christopher Bartlett et Sumantra Ghoshal, deux auteurs en management qui prônent ici un «nouveau contrat psychologique» en matière de travail, est le changement dans les organisations industrielles. Dans «l'entreprise individualisée, ils poursuivent une quête entamée lors de leur précédent ouvrage, «Le management sans frontière». Là ils s'attachaient à saisir les habiletés managériales des entreprises transnationales et leur obligation d'agir simultanément de façon globale et locale (à l'instar des firmes japonaises). Ils prônent ici un «management par engagement personnel». Glissons sur les thèses, propositions et applications pratiques liées à cet impératif. Et disons sincèrement que leur livre est, managérialement parlant, convaincant. Néanmoins, la quatrième et dernière partie, sujette à caution, est pour le moins discutable. Les structures et les procédures de «l'Entreprise individualisée», affirment le auteurs, reposent sur une philosophie qui «érige en principe l'établissement d'un contrat psychologique très différent (de celui de l'homme organisationnel) entre l'individu, l'entreprise et la société». Fi donc de l'attitude paternaliste, non viable et immorale, avec son concert de soumission et d'obéissance et de garantie de l'emploi, écrivent-ils. Et, advienne un nouveau contrat psychologique où chaque employé assume la responsabilité de sa meilleure performance et participe au processus continu d'apprentissage nécessaire pour aider au maintien de cette performance dans un environnement en constante évolution. Et où, en retour, l'entreprise veille à lui offrir, non une sécurité de l'emploi qui le rend dépendant, mais la liberté qu'apporte l'employabilité. Remarquons que Sumantra Ghoshal et Christopher Bartlett se délestent au passage du mot «social». On employait encore jadis (n.d.l.r.: il y a deux ou trois ans) l'expression «contrat psychologique et social». Par coquetterie sans doute... Il existe depuis la nuit des temps deux modes de socialisation parallèles. L'un s'exerçant dans une sphère que l'on peut dire publique, l'autre, privée. Et, il semble qu'une culture historique et politique minimale atteste que les libertés ont toujours été conquises dans la sphère publique, jamais dans la sphère privée où régneront longtemps encore soumission obéissance ou arbitraire. Où le monde rationnel colonise le monde vécu. Où l'on interprète le mot «libéral» de façons différentes.