Le savoir-être dans l'entreprise Sandra Bellier. Vuibert, 1998, 202 pages.

Le «savoir-être» est l'un des termes d'une trilogie classique, avec le savoir et le savoir-faire. Vite dit, il renvoie à la partie du curriculum vitae où chacun décline joyeusement ses nombreuses qualités personnelles: dynamisme, contrôle de soi, diplomatie, aptitude au commandement, créativité, etc. Dans son récent ouvrage, Sandra Bellier tente de circonscrire cette notion. Spécialisée d'abord dans les questions de motivation au travail et d'orientation professionnelle, l'auteur a ensuite rencontré la gestion (cf. Modes et légendes au pays du management, Vuibert, 1997). Consultante et enseignante dans le domaine des Ressources humaines, elle s'était intéressée au thème de la compétence, laissant, par contre, longtemps de côté celui de savoir-être qu'elle a néanmoins décidé d'affronter.

La thèse que Sandra Bellier développe dans Le savoir-être dans l'entreprise est à triple détente. Elle s'emploie d'abord à montrer qu'il s'agit d'une «notion floue et hétérogène», qui cependant colle à la problématique organisationnelle; c'est-à-dire, à la manière dont l'entreprise a besoin de gérer la relation individu-organisation. L'auteur met notamment au jour les deux postulats sur lesquelles ladite notion repose: la personnalité existe, d'une part; l'individu est cause de ce qui lui arrive, d'autre part. Puis, elle s'attache à comprendre pourquoi on a eu intérêt à faire du savoir-être une compétence depuis le début de la crise économique. Dans un troisième temps, enfin, elle aborde ladite notion à travers la question de l'utilité sociale. Même si l'on ne peut circonscrire le savoir-être de façon précise, cette notion est cependant utile en matière de gestion. Son utilisation permet notamment de rationaliser un certain nombre de décisions concernant les hommes et les femmes. En clair, le savoir-être permet d'instaurer un type de relation individu-organisation dont les entreprises ont aujourd'hui besoin. Cette relation, Sandra Bellier l'appelle «soumission librement consentie». Dans le contexte de chômage qui est le nôtre, on a en effet besoin d'implications fortes de la part des individus, et leur acceptation qu'ils peuvent être évacués à tout moment. On assiste ainsi à une exacerbation de la notion d'individualité, liée, non pas à des valeurs ou des normes, mais à une idée simple: si vous êtes comme vous êtes, c'est parce que ça correspond vraiment à votre personnalité. Cioran n'écrivait-il pas qu'«être, c'est être coincé»?