Le bon élève irlandais va-t-il tenir ses promesses? Plus de deux ans après le plan de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Union européenne, adopté fin 2010, les signes de redressement se multiplient. Si bien qu’un retour de l’Irlande sur les marchés financiers d’ici à la fin de l’année est désormais considéré comme le scénario le plus probable. Le gouvernement, mais aussi le FMI, la Commission européenne et la majorité des économistes l’affirment. Cela ferait de ce pays le premier à sortir de son plan de sauvetage.

Conscient que l’impact social de la crise continue, Dublin évite cependant tout triomphalisme: «Si vous mesurez notre succès à notre capacité à remplir le programme d’ajustement, nous connaissons un grand succès. Si vous le mesurez en progrès économiques, cela commence tout juste à marcher», estime Michael Noonan, le ministre de l’Economie, dans un entretien avec un groupe de journalistes étrangers.

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein, l’économie irlandaise est une histoire à deux vitesses. Du côté des signaux encourageants se trouve le PIB: après avoir baissé de 10% entre 2007 et 2010, il s’est stabilisé. La croissance devrait frôler 1% pour 2012, et un peu plus cette année.

De plus, le déficit budgétaire finit par baisser. S’il demeure très élevé, autour de 8% du PIB pour 2012 et de 7,5% pour cette année, il recule régulièrement, à la vitesse promise par Dublin. Du coup, les marchés financiers reprennent confiance. Le taux d’intérêt obligataire irlandais est désormais clairement découplé de ceux de la Grèce ou du Portugal, et tourne autour de 4%, en dessous de celui de l’Italie.

Dernier point positif, essentiel pour l’Irlande: les banques sont stabilisées. Ce sont elles qui avaient mis le pays en faillite, forçant l’Etat à injecter 64 milliards d’euros, soit 40% du PIB. Mais, depuis mars 2011, aucune recapitalisation n’a été nécessaire. Certains établissements, notamment Bank of Ireland, ont même réussi à lever de l’argent directement auprès d’investisseurs privés.

La recette du redressement irlandais relève de la plus pure orthodoxie économique: huit plans d’austérité en cinq ans, une forte baisse des salaires (publics comme privés), des prix immobiliers divisés de moitié… Autant de mesures qui ont permis au pays de regagner en compétitivité par rapport au reste du monde.

Le problème est que les seules entreprises qui en profitent vraiment sont les multinationales installées en Irlande. Les exportations sont en hausse et tirent la croissance. Mais l’économie intérieure, elle, continue à se contracter. «Il est possible qu’on sorte du plan de sauvetage à la fin de l’année. Mais cela ne changera rien pour les Irlandais», estime Paul Sweeney, économiste à ICTU, la confédération syndicale. Il rappelle que le taux de chômage dépasse 14%, et que des centaines de milliers de personnes sont incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers contractés pendant les années folles. De plus, l’austérité doit continuer jusqu’en 2015, au moins.

Enfin, le redressement demeure fragile sur deux points. D’une part, les banques conservent encore dans leurs portefeuilles beaucoup de prêts non remboursés par des Irlandais surendettés, qui n’ont pas encore été comptabilisés dans leurs pertes. La banque centrale d’Irlande estime qu’une recapitalisation pourrait être nécessaire à l’automne. D’autre part, l’Irlande ne résisterait pas à une nouvelle crise de la monnaie unique – par exemple provoquée par les élections italiennes. Autant d’éléments qui signifient que la zone euro va devoir attendre encore un peu avant de pouvoir présenter le pays comme une «success story».

«Il est possible qu’on sorte du plan de sauvetage. Mais cela ne changera rien pour les Irlandais»