Fiscalité

L’Irlande et les paradis fiscaux s’inquiètent de la politique fiscale de Donald Trump

En promettant de rapatrier les profits des multinationales conservés hors des Etats-Unis, le président élu met à mal le modèle de nombreux paradis fiscaux

Pour un multimilliardaire qui n’a probablement pas payé d’impôts sur le revenu depuis deux décennies, selon le New York Times, le paradoxe est flagrant. Donald Trump inquiète à plus haut point les paradis fiscaux. Le futur président américain a promis d’abaisser l’imposition sur les sociétés de 35% à 15%. Il veut aussi inciter les multinationales américaines qui gardent leurs liquidités à l’étranger à les rapatrier, avec une pénalité réduite à 10%. Cela représenterait un changement fiscal majeur.

Le député irlandais Michael McGrath a été l’un des premiers à s’en inquiéter publiquement, craignant des conséquences «potentiellement très sérieuses pour nous». «Les investissements étrangers, notamment américains, sont très importants pour l’Irlande, et notre taux d’imposition stable à 12,5% en est l’une des clés, explique-t-il. Si les Etats-Unis réduisent leur taux d’imposition de moitié, cela pourrait pousser des entreprises américaines à déplacer certaines activités chez elles et à y rapatrier une partie de leurs bénéfices. Nous devons être extrêmement vigilants.»

Une crainte pour les nouveaux investissements

Tom White, du cabinet de conseil Global Counsel, basé à Londres, confirme. «Pour l’Irlande, les investissements déjà présents ne sont pas en danger, mais le flot de nouveaux investissements étrangers risque de se réduire.»

L’une des raisons qui expliquent le développement des paradis fiscaux depuis plusieurs décennies est la politique fiscale américaine. Face à une taxation sur les entreprises très élevée aux Etats-Unis, les multinationales préfèrent conserver à l’étranger leurs bénéfices réalisés hors du pays. Les places offshores, qui ont une fiscalité très faible ou nulle, leur offrent un refuge parfait. Les îles Caïmans ou les îles Vierges Britanniques en sont deux des exemples les plus connus. Quant à l’Irlande, ce n’est pas un paradis fiscal – les entreprises présentes y accomplissent une activité réelle – mais le pays se trouve au cœur de cet équilibre mondial.

2500 milliards de dollars hors des Etats-Unis

Selon Capital Economics, les multinationales américaines possèdent actuellement 2500 milliards de dollars hors des Etats-Unis, une somme monumentale, équivalent à 14% du PIB américain. Apple est l’une des entreprises les plus connues à pratiquer cela: à elle seule, elle possède plus de 200 milliards de dollars à l’étranger. Son patron, Tim Cook, a explicitement affirmé, à plusieurs reprises, qu’il ne rapatrierait pas cet argent au taux d’imposition actuel.

Même Richard Murphy, de l’association Tax Justice Network et politiquement farouchement opposé à Donald Trump, estime que l’équilibre des paradis fiscaux pourrait s’en trouver bousculé. Si la réforme se fait, le prochain président «va de facto mettre fin à l’abus des paradis fiscaux que font Apple et Google», estime-t-il.

Cette fois, la réforme fiscale deviendrait prioritaire

Donald Trump n’est pas le premier président américain à envisager une telle réforme, très difficile politiquement. Mais après cette élection, il a peut-être une chance d’y arriver. «Avec les Républicains majoritaires au congrès et à la Maison Blanche, la réforme fiscale va sans doute être une priorité», estime Jon Taub, du cabinet de conseil Deloitte.

Une telle réforme pourrait avoir de sérieuses répercussions sur le système fiscal mondial. «On risque d’entrer dans une nouvelle ère d’unilatéralisme fiscal», estime Tom White. En clair, cela pourrait relancer la guerre fiscale entre les pays. Cela serait une très mauvaise nouvelle pour le projet de coordination fiscale en cours au sein de l’OCDE. Officiellement adopté par le G20 l’an dernier, après des années de dures négociations, il reste encore à mettre en œuvre. L’intervention de Donald Trump pourrait le mettre à mal.

Richard Murphy rejette cependant cette analyse pessimiste. Il rappelle que les Etats-Unis ne font pas partie de l’accord fiscal de l’OCDE. Après avoir réformé leur système, et rapatrié l’argent des multinationales, «ils seront peut-être plus enthousiasme envers ce processus».


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