Les rumeurs enflent sur un éventuel recours de l’Irlande à l’aide financière de l’UE. Le sujet devrait s’inviter à une réunion des ministres européens des Finances mardi et mercredi à Bruxelles. A Dublin, les autorités ont admis lundi avoir des «contacts au niveau international» sur la situation économique du pays, mais ont à nouveau nié toute demande d’aide financière, alors que la pression semblait monter sur Dublin pour accepter des fonds européens. «Des contacts se poursuivent à un niveau officiel avec des responsables internationaux à la lumière des conditions actuelles du marché», a déclaré un porte-parole du mnistère des Financières.

La Commission européenne et l’Irlande tentent depuis plusieurs jours d’éteindre l’incendie. La première a réaffirmé dimanche n’avoir reçu «aucune demande» d’aide et Dublin a démenti plusieurs fois que son pays s’apprêtait à faire appel à l’aide européenne.

Le ministre irlandais des Finances, Brian Lenihan, a notamment souligné vendredi que «l’Etat est entièrement financé jusqu’en juin prochain». Mais certains journaux évoquent des pressions d’autres gouvernements, notamment l’allemand «Welt am Sonntag» qui affirme que l’Espagne et le Portugal prônent un plan de sauvetage d’environ 70 milliards d’euros, similaire à celui de 110 milliards conçu en mai pour la Grèce par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI).

Une information toutefois mise en doute par un diplomate européen. «Pourquoi les Portugais feraient-ils cela, si c’est pour avoir ensuite le même problème?», s’est-il interrogé. Le «Wall Street Journal» estime pour sa part que les Européens veulent agir de manière anticipée pour ne pas se retrouver acculés comme avec la Grèce au printemps. Car le risque d’une contagion se manifeste à nouveau.

Taux sur presse

Jeudi, les taux des emprunts d’Etat irlandais à 10 ans ont atteint près de 9% et les Portugais ont dépassé 7%, dans les deux cas du jamais vu depuis l’entrée du pays dans la zone euro. Les taux espagnols et italiens se sont aussi retrouvés sous pression.

Le marché obligataire a enregistré une accalmie vendredi, mais nul ne sait pour combien de temps. Les ministres des Finances européens devraient donc se saisir du problème, lors d’une réunion mardi à Bruxelles à l’échelle de la zone euro, puis mercredi à celle de toute l’UE.

A Bruxelles, on souligne toutefois que jusqu’ici, l’Irlande a toujours mis en œuvre les mesures budgétaires promises. Elle est en outre très réticente à appeler à l’aide, pour des raisons de prestige.

Le «tigre celtique» affichait l’un des plus forts taux de croissance de la zone euro avant la crise financière, qui a durement frappé les banques du pays et rendu nécessaire de coûteux sauvetages, avec pour résultat un déficit public abyssal de 32% du PIB cette année.

«Tant qu’il y a une chance d’éviter la perte de souveraineté impliquée par le recours à une aide extérieure, le seul choix est de se battre», affirme le «Irish Times» dans un éditorial publié sur son site internet.

L’aide obtenue au printemps par la Grèce s’est en effet doublée d’une mise sous tutelle budgétaire et d’un très lourd programme d’austérité négocié dans la douleur avec les Européens et le FMI. Le FMI est «prêt» à aider les Irlandais s’ils le demandent, mais n’a lui non plus reçu aucune requête en ce sens, selon son directeur général Dominique Strauss-Kahn. Il a estimé samedi, en marge d’une visite au Japon, que l’Irlande peut «très bien gérer le problème» et que son cas n’était «pas la même chose que le problème grec», selon des propos rapportés par «Dow Jones Newswires».

Si c’est à cause de ses banques que l’Irlande a plongées, la Grèce est confrontée à des problèmes beaucoup plus étendus, et qui ne semblent pas devoir se régler prochainement, faisant peser une autre épée de Damoclès sur la zone euro. Et le Premier ministre Georges Papandréou a annoncé dimanche avoir «mis sur la table» la question d’un prolongement de la durée de remboursement du prêt obtenu en mai