Lorsqu'il parle du succès de son établissement, Erich Hort, le patron de la Banque Migros ne cache pas une certaine fierté. Il est vrai qu'en quelques années cet ancien cadre de l'UBS a obtenu des résultats spectaculaires. «Il y a dix ans nous étions deux fois plus petits que la Banque Coop, aujourd'hui nous sommes pratiquement deux fois plus grands», relève Erich Hort. Dix-huitième banque commerciale de Suisse au début des années 90, l'établissement du géant orange, occupe désormais la septième place en terme de somme du bilan, derrière les deux grandes banques, les Banques Raiffeisen et les trois Banques cantonales de Zurich, Vaud et Genève. La progression est spectaculaire dans tous les domaines. Tant en terme de somme du bilan, de bénéfice net ou de nombre de comptes (voir graphiques). A l'origine de ce succès, il y a avant tout une politique de prix avantageuse. Pour séduire les clients, la Banque Migros offre en effet depuis des années, des taux d'intérêt systématiquement plus bas que ceux de ses concurrents. Depuis 1990, le volume des hypothèques a ainsi quadruplé pour atteindre 12,5 milliards de francs. Contrairement aux autres établissements, elle n'a cependant pas pris des risques inconsidérés. Raison pour laquelle, son bénéfice a poursuivi son ascension.

Dynamique, la Banque Migros veut poursuive son développement tout en maintenant les coûts les plus bas possible. Pour y parvenir elle est en train de construire un réseau de succursales équipées de bornes interactives à écran tactile qui fonctionnent sans personnel. Le client peut y retirer de l'argent mais également s'informer sur les possibilités offertes en matière d'hypothèques, de crédits ou de placements financiers. Seize filiales de ce type sont déjà en fonction. Avant la fin de l'an 2000, une vingtaine d'autres seront installées. Les succursales traditionnelles ne sont cependant pas en reste. Leur nombre passera prochainement de 36 à 40 suite au rachat des filiales de l'UBS. «Sur les 100 000 clients cédés par l'UBS, nous espérons en conserver au moins un tiers», affirme Erich Hort.

Si la Banque Migros a bâti son succès en s'appuyant sur les affaires hypothécaires et les crédits, elle entend aujourd'hui profiter des rendements élevés de la gestion de fortune. Depuis trois ans elle a d'ailleurs renforcé ses équipes. Les premiers résultats sont prometteurs puisque les fonds sous gestion atteignent 9,5 milliards de francs. La banque compte actuellement 55 000 comptes de dépôt et ceux-ci ne cessent d'augmenter. «Nous constatons une progression de 10 000 comptes par an», relève Erich Hort. Pour séduire la clientèle, l'offre sera étoffée. Un fonds de placement écologique viendra, par exemple, s'ajouter aux six autres fonds existants. Pour réduire ses coûts, la Banque Migros envisage de négocier elle-même les titres en Bourse et renoncer ainsi aux services de la Banque Cantonale de Bâle.

Malgré les efforts déployés, Erich Hort sait que la progression enregistrée ces dernières années va ralentir. Il craint également la concurrence de La Poste. «La nouvelle stratégie de La Poste, qui réalise de plus en plus d'affaires bancaires, risque de nous poser des problèmes, notamment en ce qui concerne le refinancement des hypothèques. Il faudra peut-être à terme remonter les taux hypothécaires», affirme Erich Hort. Professeur à l'Institut d'organisation bancaire de l'Université de Zurich, Hans Geiger estime pourtant que la Banque Migros jouit d'une situation assez favorable. «Contrairement aux banques cantonales, la Banque Migros ne veut pas desservir tous les types de clientèle. Elle se concentre sur les jeunes, les gens mobiles qui aiment les nouvelles technologies. C'est une stratégie de niche qui va porter ses fruits», estime le professeur zurichois. Pour Hans Geiger, la concurrence de La Poste ne devrait pas trop entraver la marche en avant de la filiale du géant orange car ses produits sont tout autant attractifs.

Il y a quelques semaines, Erich Hort avait affirmé, sous forme de boutade, qu'il ne prendrait sa retraite que lorsque sa banque décrochera le sixième rang du classement des banques commerciales. Cet objectif sera probablement atteint plus rapidement que prévu.