Après avoir mis à terre un grand nombre de banques, la crise financière met en péril un pays entier, l'Islande. Le gouvernement de cette île de l'Atlantique Nord a été contraint de nationaliser ses trois principales banques commerciales cette semaine afin de garantir les dépôts des nationaux. Ces derniers étaient mis en danger par les risques de défaut de paiement de ces établissements étranglés par l'arrêt du marché interbancaire.

Aidé par une loi d'exception votée par le parlement en début de semaine, l'Etat est ainsi devenu propriétaire d'établissements bancaires dont les difficultés menaçaient de bloquer complètement l'économie du pays. Mais il ne s'est pas débarrassé du problème, loin de là: les avoirs au bilan de Kaupthing, Landsbanki et Glitnir, les trois banques nationalisées, totalisent 172,7 milliards de francs, soit plus de dix fois le PIB de leur pays d'origine. L'Islande, 320000 habitants, produit annuellement des richesses pour 15 milliards de francs.

«Un immense hedge fund»

«L'Islande, c'est un immense hedge fund qui a mal tourné. Le pays entier s'est beaucoup trop endetté par rapport à ses richesses propres», résume lapidairement un financier suisse travaillant étroitement avec une banque islandaise.

Pratique courante sous ces hautes latitudes, le crédit s'est emballé après la privatisation des trois banques au début des années 2000. Celles-ci ont pu emprunter et prêter presque sans restriction grâce à une réglementation financière particulièrement laxiste. La banque centrale avait renoncé à exiger le dépôt chez elle d'avoirs propres des banques commerciales, au contraire de la pratique en vigueur dans tous les autres pays développés.

Les banques commerciales islandaises ont ainsi pu s'étendre rapidement dans les pays du nord de l'Europe, notamment en Grande-Bretagne. Parallèlement, l'Islande s'est endettée massivement, profitant de l'attractivité de son économie dont la croissance dépassait le rythme annuel de 4%.

La crise des «subprime» a donné un premier signal d'alarme pour les trois banques. Malgré leurs efforts de désendettement, elles ont été rattrapées par la crise financière, plongeant le pays entier dans une récession durable.

Pour s'en sortir, l'Islande négocie avec la Russie un emprunt de 4 milliards d'euros afin de stabiliser la banque centrale, et sollicite le soutien du FMI. Les filiales étrangères des trois banques ont soit été placées sous le contrôle des autorités de réglementation, soit cédées à des tiers, comme Kepler Capital Markets, la filiale de courtage de Landsbanki à Nyon. Les agences à l'étranger ont dû geler leurs activités.