Certes, les perspectives de croissance des entreprises qui misent sur les technologies utilisant matières premières, recyclage et traitement de l'eau ne s'expriment pas encore dans les cours de leurs actions. Néanmoins, outre la tendance en faveur d'investissements socialement responsables (Socially Responsible Investing, SRI), la pénurie des ressources révolutionne la gestion de portefeuille.

A elle seule, la demande chinoise de métaux industriels correspond, aujourd'hui déjà, à un quart de celle du monde. Au cours des 15 prochaines années, les récoltes de denrées alimentaires en Chine pourront progresser de 50% alors que d'ici à 2010, l'approvisionnement en eau de 26 des 31 provinces de Chine ne sera plus assuré. En 2003, les coûts de la pollution atmosphérique atteignaient 3,8% du produit intérieur brut chinois. Avec la croissance fulgurante des marchés asiatiques - non seulement de la Chine -, ses conséquences sur l'environnement et la raréfaction des matières premières, l'humanité découvre la vraie valeur de certains biens. Désormais, l'air pur et l'eau, en eux-mêmes «gratuits», ne peuvent plus être considérés comme évidents. Bien que le changement climatique menace l'être humain et l'environnement, la raréfaction de l'eau potable n'est pas encore répercutée sur son prix. Aucun motif, dès lors, de gérer l'eau de façon plus efficace. Or, selon des estimations, la demande d'eau sur notre planète sera multipliée par trois durant les 30 années à venir. Une modernisation et une expansion de l'infrastructure qui assure l'approvisionnement en eau dans le monde s'avèrent donc inéluctables. A n'en pas douter, les entreprises actives dans la distribution et la gestion de l'eau, dans le traitement de l'eau et le développement de technologies ou de produits visant à économiser l'eau sont en passe de s'agrandir.

Le secteur des biens fongibles présente des opportunités de croissance grâce aux développements technologiques de l'exploitation minière, du recyclage et de la nanotechnologie. Vu la progression continue de la demande de biens fongibles d'une part, et l'extension limitée de l'offre d'autre part, leurs prix passeront à un niveau structurel plus élevé. En particulier, le secteur de l'activité minière et de ses sous-traitants offre d'intéressantes opportunités de placement. Durant les cinq dernières années, la capitalisation du marché de toutes les entreprises minières représentées a plus que doublé puisqu'elle s'établit à 800 milliards de dollars. Suite à la pénurie des matières premières, la récupération - des métaux notamment - encore considérée comme accessoire, connaîtra une relance ces prochaines années. A titre d'exemple, l'aluminium recyclé ne requiert que 5% de l'énergie nécessaire pour la fabrication initiale d'aluminium à partir de la bauxite. Quant aux nanotechnologies et aux matériaux alternatifs, ils acquièrent toujours davantage d'importance dans le cadre de la recherche d'alternatives aux biens fongibles traditionnels. En ce qui concerne l'énergie solaire, les estimations relatives à sa compétitivité la situent entre 2020 et 2030. Par ailleurs, de nouvelles législations ne sont pas étrangères à la progression rapide des biocarburants. Sur ce marché, une croissance annuelle de 15% est prévue pour les prochaines années.

Suite à la hausse démographique, à l'accroissement de la prospérité, à la dégradation des conditions météorologiques et au vieillissement de la population mondiale, la demande croissante de biens et de matières premières offre des opportunités aux investisseurs également. Technologies ambitionnant une extraction plus efficace et plus propre des ressources naturelles, énergies solaire et éolienne, technologies visant à optimiser le rendement des récoltes ou à économiser l'eau, réservoirs de CO2 et produits favorables à une bonne hygiène de vie: voilà quelques-unes des nombreuses possibilités de placement à venir. La plupart du temps, les marchés sous-estiment les entreprises actives dans ces secteurs. Il est vrai que les bonnes perspectives de croissance de ces entreprises ne se répercutent que parfois, et depuis peu, sur les cours de leurs actions. Or, les tendances à long terme et les nouvelles pénuries ont des retombées importantes sur le monde de la finance. En effet, les produits financiers fondés sur le concept de la raréfaction des ressources prendront une part toujours plus grande, à l'avenir, dans les portefeuilles d'investissement. De nouveaux réseaux d'entreprises créés autour de thèmes, appelés business clusters, verront le jour et prendront la place des classifications de référence conventionnelles. Les investisseurs devraient surveiller leurs portefeuilles afin de savoir s'ils sont sujets aux fluctuations des prix, dans les secteurs de l'énergie, des denrées alimentaires, de l'eau ou du CO2 par exemple.

La garantie de l'approvisionnement en énergie, la croissance démographique avec ses conséquences et la problématique environnementale transforment l'économie mondiale. Car les bénéfices ne fleurissent plus seulement dans les secteurs traditionnels. Investir dans l'avenir, c'est investir dans des thèmes d'avenir, qui garantissent la survie sur la planète Terre. Sous une forme ou une autre, les critères de l'Investissement Socialement Responsable (ISR) et de l'Environnement, Social et Gouvernance (ESG) deviendront les normes futures du placement. Certes, il y aura toujours des investisseurs qui souhaiteront appuyer leurs portefeuilles sur un indice de référence. Mais l'avenir est ailleurs. Et les investisseurs qui souhaitent être préparés de manière optimale à un avenir où les marchés seront dominés par la pénurie des ressources devraient veiller à construire leurs portefeuilles en conformité avec les nouveaux thèmes de l'investissement car les fonds prennent en compte, d'une manière ou d'une autre, les critères ISR/ESG, qui représentent une branche en croissance dans l'univers des fonds d'investissement.