L’idée d’émettre des obligations paneuropéennes «coronabonds» pour financer la lutte contre le Covid-19 et la récession qui s’annonce brutale n’est pas morte. Tel un pèlerin, le premier ministre italien, Giuseppe Conte, persévère pour convaincre ses homologues européens de revoir leur position. «Nous ne sommes pas en train d’écrire un manuel scolaire d’économie, a-t-il persiflé dans une interview accordée mardi soir à ARD, la chaîne publique de télévision allemande. Nous écrivons une page d’histoire.»

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Ce message lancé en Allemagne n’est pas fortuit. La chancelière Angela Merkel, cheffe de file des Etats appliquant l’orthodoxie budgétaire, notamment les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande, s’oppose toujours à l’émission de «coronabonds». «Leur logique, analyse Valentin Bissat, économiste à la banque Mirabaud à Genève, est qu’avec la mutualisation de la dette, on engage le contribuable de chaque pays. La crainte de l’Allemagne est qu’à la fin, c’est elle qui doive payer la note.»

Quand l’Italie avait allégé la dette allemande

Le premier ministre n’est pas le seul à monter au créneau. Plusieurs politiciens italiens, des présidents de région et des maires ont lancé un appel mardi par le biais d’une pleine page dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. Leur message: «Si l’Union européenne (UE) ne prouve pas qu’elle existe maintenant, elle disparaîtra.» Pour le bon souvenir des Allemands, les signataires rappellent le Traité de Londres de 1953; plusieurs pays, dont la France et l’Italie, avaient alors allégé la dette allemande au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

«Pourtant, lancer des émissions communes serait un réel «game changer», affirme Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. Les «coronabonds» faciliteraient l’intégration fiscale et une relance budgétaire coordonnée de la zone euro. Face aux crises et aux pandémies mondiales, les tergiversations européennes sont un facteur de risque pour tous les actifs de la zone euro. Les «coronabonds» seraient une réponse structurelle.»

La balle se trouve maintenant dans le camp de l’Eurogroupe dont le président, Mario Centeno, est aussi le ministre portugais des Finances. Dans une lettre adressée à ses homologues en marge de la prochaine réunion du groupe, qui aura lieu le mardi prochain, il affirme que tous les Etats sortiront de la crise avec un niveau d’endettement beaucoup plus important. «Dès lors, nous devons explorer les instruments existants mais nous devons être ouverts à l’examen d’autres solutions, lorsque les premières s’avèrent inadéquates», soutient-il.

Prêts sans mesures d’austérité

Le consensus pourrait se faire autour de l’utilisation du Mécanisme européen de stabilité (MES), un instrument mis en place en juillet 2012 lors de la crise de la dette grecque. «Tel qu’il est construit aujourd’hui, il subordonne son aide à une stricte conditionnalité, fait remarquer Valentin Bissat. Mais ce que l’on observe en période de crise est que ce qui était impossible il y a quelques années devient rapidement possible.» Et d’ajouter: «Le MES qui est bien capitalisé pourrait émettre des «coronabonds» à des taux bas et prêter aux pays sans imposer de mesures d’austérité.»

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Pour la première fois, l’Allemagne a assoupli sa position. «Nous sommes prêts à la solidarité, mais une solidarité bien pensée», a commenté mardi Olaf Scholz, le ministre des Finances issu des rangs du Parti social-démocrate. Il a appelé à mobiliser des ressources vers les pays «ayant les besoins les plus importants.»

Pour sa part, Sven Giegold, eurodéputé allemand et porte-parole sur les questions économiques et financières des Vertspense qu' «il n’y a sans doute pas de majorité en faveur des «coronabonds», mais l’Eurogroupe va certainement proposer des solutions mardi prochain. Il est inconcevable que les pays les plus faibles paient les taux d’intérêt les plus élevés pour faire face à une crise dont ils ne sont pas responsables», déclare-t-il au Temps.